Décrochage scolaire : Quelle approche, quel partenariat ?
Beau succès de foule pour le colloque « Décrochage scolaire : quelles solutions ? » organisé par la Fondation pour la solidarité1 vendredi 16 mars à Ixelles. Mais l’intérêt de ce moment de réflexion a surtout consisté en une série de remises en question de l’approche choisie par les organisateurs. Le décrochage scolaire n’est-il pas une notion trop fourre-tout ? Ne faut-il pas travailler avant tout sur l’accrochage scolaire ? Et peut-on y parvenir sans nouer un dialogue avec les acteurs centraux de l’école que sont les enseignants et les directions… absents de la liste des personnes invitées à prendre la parole ? Poser la question, c’est y répondre.
Quelle approche ?
Dans son allocution d’ouverture, la ministre-Présidente de la Communauté française, Marie Arena, s’est avant tout interrogée sur la pertinence du concept même de « décrochage scolaire ». « Le décrochage peut prendre des formes très diverses, a-t-elle constaté, ce qui explique la difficulté de travailler sur cette notion ». Comment effectivement la cerner ? « Via les exclusions, c’est une approche trop étroite. Via les redoublements ? C’est trop large », a précisé la ministre. Celle-ci préfère parler de « système d’exclusion » que de « décrochage », ce dernier terme pouvant conduire à placer la responsabilité du problème entièrement sur l’élève, pris individuellement.
Le Contrat pour l’école vise à combattre ce « système d’exclusion » qui concentre les élèves les plus faibles dans certains établissements. Mais la ministre a également souligné que le gouvernement tenait parallèlement à développer une action ciblée d’accrochage scolaire via les SAS : « ces espaces de collaboration entre l’aide à la jeunesse, les centres PMS et l’école en tant que telle qui permettent de gérer le mal-être de certains élèves ».
Indices et perspectives
La première table-ronde n’a pas rempli l’objectif d’état des lieux qu’elle promettait. Les différents intervenants y ont donné une série d’indications certainement intéressantes, mais trop parcellaires pour constituer un réel panorama systématique de la question. Pointons le projet de l’asbl Solidarité Savoir qui travaille actuellement sur un guide de « toutes les bonnes adresses pour lutter contre le décrochage scolaire ». Laurence Dufay, assistante sociale et coordinatrice de cette asbl, pointe effectivement « le manque d’infos particulièrement dans les familles démunies » comme un des problèmes essentiels. Elle craint notamment un « glissement des responsabilités » des pouvoirs publics et de l’associatif vers le privé à travers les cours particuliers payants auxquels ces familles n’ont pas accès.
Par ailleurs, Laurence Dufay a signalé qu’au Québec on évaluait le taux de décrochage scolaire sur la base du nombre de jeunes qui n’ont pas obtenu leur diplôme du secondaire et qui ne fréquentent plus l’école. Un indicateur à appliquer également chez nous ? Il permettrait en tout cas d’approcher plus finement l’ampleur du problème que le seul nombre d’élèves touchés par les projets financés par le Dispositif d’accrochage scolaire de la Région bruxelloise (13.000, selon Pascale Labiau, la coordinatrice).
Ahmed Medhoune, Schola-ULB (qui organise le tutorat et le Forum des innovations en éducation) a attiré l’attention des participants sur des évolutions fort inquiétantes à Bruxelles : le fait que la somme des heures non-prestées dans les écoles concentrant les publics qui rencontrent le plus de difficultés scolaires équivaudrait en fin de primaire à … la perte d’une année de cours ! Il a également insisté sur les conséquences de la ségrégation ethnique à Bruxelles : « l’image de soi abîmée par la discrimination et cette éducation entre-soi ». « Nous ne sommes qu’au début du processus d’apartheid scolaire puisque dans les écoles qui forment les futurs enseignants qui sont dirigés vers ces écoles en difficulté, on retrouve aujourd’hui une majorité d’étudiants issus de l’immigration qui présentent certaines lacunes dans la maîtrise de la langue française… », a-t-il constaté.
En matière de solution, l'universitaire de l’ULB est pour « une véritable coordination de l’inflation actuelle de projets éparpillés que mènent les différents acteurs ». Il a regretté qu’« une charte locale de la réussite » n’ait pas été prévue dans le Contrat pour l’école afin d’amener les différents acteurs à collaborer autour de « soins éducatifs intensifs ».
Sur ce plan, Bernard de Vos, directeur de SOS Jeunes - Quartier libre asbl, s’est étonné qu’aucun des intervenants ne soient enseignants ou directeurs d’école. « Nous faisons fausse route si on ne repart pas des problématiques vécues à l’école et si on prend la place des acteurs scolaires », a-t-il souligné.