Un directeur poignardé par un élève de 16 ans… Cet événement d’une extrême violence a d’abord suscité une grande émotion et un début de mobilisation : marche des élèves de l’école, arrêts de travail dans certains établissements pour réfléchir à la portée du fait survenu… Ce début de réflexion collective a cependant très vite fait place à des réactions plus stratégiques.
S’il est de bonne guerre, lorsqu’on se trouve dans l’opposition, d’exploiter les éléments de l’actualité susceptibles de valider ses propositions politiques, ne faut-il pas aussi s’interroger sur la nature de l’événement ? Revenons brièvement sur l’événement qui a secoué l’Institut Cousot à Dinant. Un jeune garçon, à peine arrivé, se voit signifier un renvoi de l’école pour trafic de cannabis. Le jeune menace le directeur le vendredi. Au cours d’un entretien avec ce dernier, le lundi suivant, le jeune le poignarde à plusieurs reprises et le poursuit même pour l’achever. Ces coups de couteaux étaient-ils prévisibles ? Des caméras dans l’école auraient-elles permis de prévenir ce type d’agression ? L’existence d’un centre de rescolarisation aurait-elle réglé l’affaire ? Manifestement non.
On ne peut pas plus penser que l’origine kosovare de l’élève le prédestinait à un tel acte qui confine à la folie furieuse. Le bourgmestre de Dinant n’a pas hésité à franchir le pas en stigmatisant toute une communauté pour son « agressivité » supposée. Dans la même famille politique, un autre bourgmestre, celui du village où habite la famille du jeune agresseur, a apporté des éléments plus pertinents au débat. La famille est en demande d’asile depuis… 7 ans en Belgique ; l’intégration de la famille (frères et sœurs de l’agresseur compris) a bien commencé, encouragée notamment par des élans de solidarité du village face à leur situation inacceptable, avant que des petits faits de délinquance commis par ce garçon ne pourrissent les relations de bon voisinage avec une famille dépassée par les événements…
Tous les professionnels qui travaillent avec ces populations le reconnaissent : ce genre de situation d’attente peut contribuer à déstabiliser certains, surtout lorsque dans leur pays d’origine, ils ont connu des événements aussi marquant qu’une guerre (voir à ce sujet le dossier publié récemment par l’Agence Alter, à télécharger sur notre site). Cela n’excuse rien, mais conduit à s’interroger sur l’accueil réservé aux demandeurs d’asile. D’autant plus que pour la famille de ce jeune, la défense de leur dossier sera (encore) plus difficile.
Au-delà ce triste fait divers, il convient (une fois de plus !) de s’interroger sur les problèmes de collaboration entre services. La nécessité pour l’école de travailler avec son entourage, les autres établissements et les services spécialisés, n’est (presque) plus à défendre. Mais avec quels services et dans quelles conditions ? La question de la transmission d’informations est au centre des discussions. Avec les acteurs en dehors de l’enseignement, d’un côté, la volonté d’être informé des antécédents de l’élève, histoire de savoir comment le prendre, de l’autre le respect du secret professionnel cher aux travailleurs sociaux.
Si la collaboration est bien utile, elle doit faire l’objet d’une (re)connaissance mutuelle, d’une négociation du cadre et de ses objectifs. C’est le b.a.-ba. Oui, mais cela reste problématique. En témoigne l’expérience des écoles de la zone de Bruxelles-Midi qui, à la suite de la mise en place de la circulaire PLP41 par le ministre Dewael (voir notre article '
Contestation, scepticisme ou attentisme: la police à l'école continue de diviser'), se voient proposer un protocole comprenant une série d’obligations susceptibles de rogner la liberté d’action pédagogique, organisationnelle de l’équipe enseignante dans son propre établissement. C’est vrai avec la police dont la « culture » peut être assez différente de l’école, c’est vrai aussi avec des secteurs comme l’aide à la jeunesse, les maisons de jeunes, l’accueil extrascolaire… qui développent des actions qui entrent parfois en contradiction avec les intérêts directs de leurs partenaires.
L’enjeu de la transmission d’info se pose également, et avec encore plus d’acuité, à l’intérieur de l’enseignement. L’affaire de l’Institut Cousot montre de manière criante les risques liés à l’absence de collaboration entre écoles au sein même du système scolaire. L’élève incriminé était passé par d’autres écoles. Un centre PMS aurait dû le prendre en charge, s’il s’est fait exclure d’un établissement. Les modes de collaboration à l’interne de l’école appellent une fois encore une réflexion sur une coordination au niveau (supra) local.