Le budget 2007 a été jugé difficile par tous les ministres du gouvernement de la Communauté française. Deux raisons à cela : la perspective de nouvelles négociations sectorielles où pour asseoir sa position et limiter les dépenses nouvelles, le gouvernement surjoue le désargenté
1. Mais surtout, la situation budgétaire de la Communauté reste difficile en dépit du refinancement de 2001 (cfr notre article
'Budget 2007: 32 millions du gouvernement wallon pour la Communauté.'). En témoigne la rallonge octroyée par la Région wallonne. Cette aide sonne comme un aveu d’échec pour l’espoir d’autonomie financière d’une entité qui a toujours eu du mal à trouver sa place face aux Régions et au fédéral.
Mais revenons en arrière. En 2001, on prédisait un avenir budgétaire radieux à la Communauté. Par la grâce des accords de la Saint Polycarpe et de la Saint Boniface, les problèmes financiers que connaissait la Communauté depuis 1989 étaient derrière nous. Une victoire arrachée aux Flamands même si ce refinancement leur était beaucoup plus profitable. On allait enfin pouvoir travailler correctement les matières personnalisables.
Et puis, il y a eu cette idée de programmer les futurs moyens à travers le Plan d’action de la Charte d’avenir (le Paca de 2002). Les projections initiales se basaient sur une croissance moyenne annuelle de 2,5 %. Elles seront rapidement jugées trop optimistes par les spécialistes des finances publiques et l’avenir leur donnera raison. Mais, entre-temps, une série de dépenses avaient été coulées dans des décrets et notamment les revalorisations salariales des enseignants. Autant d’engagements à respecter. La précipitation de la précédente coalition à vouloir marquer des points politiquement et des prévisions macroéconomiques trop optimistes ont donc entamé les (modestes) perspectives financières de la Communauté. On a programmé des dépenses, et on n’a pas trop voulu voir que le refinancement serait, au début, réduit et incertain (compte tenu de la petite santé des capacités fiscales des ménages wallons et bruxellois).
Il faut reconnaître que la Communauté française a quand même élargi son horizon budgétaire : on a pu y faire des projets autrement que dans du vide. Mais des difficultés persistent. L’endettement reste un handicap. En 2006, par exemple, la charge de la dette constitue près d’un cinquième du budget total. Pour certains analystes tels Benoît Bayenet (ULB), c’est du désendettement que viendront les marges, ce qui rend les effets du refinancement plus indirects. Par ailleurs, la Communauté, sans pouvoir lever des impôts, reste dépendante des résultats économiques de la Wallonie et de Bruxelles.
Alors où sont les marges ? Dans les économies et dans la postposition des dépenses. Des économies, le gouvernement en fait chaque année à l’ajustement et à chaque nouveau budget pour se ménager quelques marges d’action. Mais sont-elles bien réalisées là où elles pourraient l’être ? Le ministre du Budget avait mis en place une dizaine de groupes de travail voici deux ans. Quels sont les résultats au-delà de la solution qui consiste à rogner les crédits dits facultatifs ? Il y a un moment, et la participation de la Région wallonne en est peut-être le signe, où le tiroir est complètement raclé. En cherchant à tout prix à rester dans l’indolore, la frappe chirurgicale, le gouvernement s’empêche de se donner les moyens de poursuivre ses objectifs. Non seulement il sape une série d’initiatives à la marge ou transversales et qui participent au dynamisme de ses politiques, mais de plus il ne s’attaque pas aux « vrais » problèmes.
Ainsi au niveau de l’enseignement, le professeur Deschamps défend depuis plusieurs années une nouvelle organisation du système. En favorisant le décloisonnement, la mutualisation des ressources, en travaillant sur les taux de mise a disponibilité des personnels pour ne reprendre que les solutions les moins polémiques. Il y a là des choix politiques à faire. Sans aller jusqu’à la (bien aléatoire) suppression des réseaux que propose l’Aped (voir dans ce n°
'Vers l'école commune: après les critiques, les propositions de l'APED.'), des ébauches sont sur la table, telles le projet de bassins scolaires (qui permettrait de mieux répartir les ressources au niveau local, en particulier dans l’enseignement qualifiant). Cette logique devrait être généralisée, pensée à une plus large échelle à travers tous les secteurs de la Communauté et même en concertation avec les autres niveaux de pouvoir.