Evaluation des expériences de « premier degré différencié » au secondaire
Depuis 2001, le Conseil général de l’enseignement secondaire réfléchit à une réforme des classes de 1e Accueil et de 2e Professionnel qui regroupent les élèves qui n’ont pas atteint les compétences de fin de primaire. Le Conseil a lancé une série d’expériences pilotes dans 52 écoles de tous les réseaux : des « premiers degrés différenciés ». Après deux ans, le rapport d’évaluation de ces expérimentations vient de sortir.
Pour rappel, les expérimentations en cours depuis deux ans dans les écoles avaient au point de départ pour objectif de délivrer au maximum d’élèves un certificat d’études de base (CEB) pour un passage dans le premier degré commun ou en 3e Professionnel (3P) voire en 3e technique (3T). Afin d'éviter le toboggan vers la seule 3P.
Changement de cap
Mais les projets avaient été mis sur pied sous la législature précédente. Depuis, le Contrat pour l’école (CE) a prévu de faire voter un décret « parcours différencié », qui cherche à intégrer tout élève dans le parcours commun visant les socles de compétences à 14 ans (fin de 2e année) et proscrire toute préorientation notamment vers le qualifiant. Après un an, la ministre Marie Arena a donc donné son accord à la poursuite des expérimentations, à condition de respecter ces deux objectifs. Soit une approche beaucoup plus ambitieuse pour ces élèves souvent en décrochage…
Le rapport d’évaluation insiste sur ce changement de cap à mi-chemin : il en devient « très difficile de tirer des constats positifs ou négatifs ». « Nous avons dès lors préféré renvoyer une image du profil exact des élèves qui se trouvent dans ces classes pour que le gouvernement en prenne bien conscience », explique Maryse Descamps, secrétaire générale adjointe de la Fésec et secrétaire du groupe de travail qui a évalué l’expérimentation1.
Quelques résultats interpellant
Du tableau chiffré analysant l’origine des 1 129 élèves de 1 Diff (1re année du degré différencié) et les 1 321 élèves de 2 Diff, il ressort tout d’abord qu’en première année, 27,6 % du public scolaire n’a pas le français comme langue maternelle ! C’est le signe du manque de places dans les classes-passerelles qui devraient accueillir les primoarrivants.
Deuxième enseignement frappant : en 2 Diff, 471 élèves viennent de 1A (la première commune) et 24 de première complémentaire, soit près de 38 % du total des élèves. Les premiers degrés communs qui envoient des élèves en difficulté vers cette filière ne parviennent-ils pas à les accueillir les élèves dans des années complémentaires au sein de leurs établissements ? Quelle qu’en soit la raison, cette pratique sera interdite par le nouveau décret sur le premier degré commun… Le rapport demande d’ouvrir un débat sur ce point.
Troisième constat : 51,71 % des élèves de 1 Diff obtiennent leur CEB en fin d’année. Belle performance face à l’objectif principal de l’expérience ? Le rapport tempère les enthousiasmes. Un CEB n’est pas l’autre: « Les critères d’attribution du CEB sont très variables d’une école à l’autre en fonction des publics et des situations »… .
D’ailleurs, et c’est le quatrième point à souligner, seuls « 12 % des élèves détenteurs d’un CEB à l’issue de la 1 Diff. choisissent le premier degré commun ». Ce signifie-t-il qu’une majorité préfère poursuivre au sein d’une structure plus adaptée ? Le rapport se demande en tout cas si ce type de choix est encore permis par le nouveau décret…
Cinquième constat : 134 élèves ont quitté la 1 Diff . Ils se seraient dirigés en, bonne partie vers « des écoles qui offrent des profils professionnels plus clairs ». Notons enfin que « la toute grosse majorité (97 %) des élèves de 2 Diff passent en 3 P ».
Pistes et mises en garde
Le rapport insiste tout d’abord sur le fait que les ambitions du futur décret parcours différencié du CE « supposent un travail d’accompagnement, de formation et d’outillage pédagogique » qui demandera du temps.
Le groupe de travail propose aussi, notamment,
> d’introduire des modules de Français langue étrangère ;
> d’adapter « l’épreuve d’évaluation de fin de sixième primaire pour les élèves de fin de 1 Diff » ;
> d’aménager des passerelles entre parcours différenciés et premier degré commun...
Le nouveau décret relatif au « parcours différencié » est annoncé pour cette année dans le CE. Ce rapport confirme que les deux années concentrent les élèves en difficulté. Il cherche à éviter de les enfermer dans la relégation mais prône une approche plus « réaliste » que les orientations du CE. Le groupe de travail veut en fait garder « le maximum de souplesse dans les méthodes, les programmes, les grilles horaires et les parcours pour mieux accompagner ces élèves », comme l’explique Maryse Descamps. Une approche « trop » réaliste pour le cabinet ? on travaille sur le dossier..., précise le cabinet.