La parentalité est en débat (
voir notre article), de même que les relations entre les parents et les professionnels qui s’occupent de leurs enfants. Un récent dossier spécial du Soir aborde cette question à partir de l’autorité. On y décrit en long et en large la difficulté pour l’enseignant d’asseoir sa place, son autorité et son autonomie professionnelle dans une école dont les repères se sont largement déplacés en 25 ans, au point qu’ils apparaissent aujourd’hui complètement brouillés aux yeux de la plupart, qu’ils soient enseignants, parents ou élèves. Qui assume quoi ? Avec sous jacente l’expression d’une profonde remise en cause de l’identité du professionnel que traduit la crainte d’une « parentocratie ». Un système laissant la part belle aux interventions parentales et où les professionnels se verraient en permanence remis en question dans leur pratique.
Le dialogue n’est pas facile. Personne ne le contestera. Et comme le montre le « Au fait » sur le dialogue familles-écoles (
voir notre article), ce n’est pas uniquement une question de différence de classe sociale ou d’origine socio-culturelle. La difficulté relationnelle est générale avec toutes les catégories de population. Et si des malentendus sont souvent plus profonds entre l’école et les milieux populaires et/ou immigrés, les familles issues de ces milieux restent la plupart du temps dans l’incompréhension silencieuse, le « non-dialogue de sourds ». Des sociologues ont depuis longtemps démontré que les parents les plus « intrusifs », qui viennent contester l’enseignant sur son terrain professionnel sont d’habitude issus des classes moyennes et privilégiées socio-culturellement : le malentendu y est souvent plus explicite et fait place plus régulièrement à une mésentente, un conflit d’opinions.
De nombreux parasitages, fondés sur des représentations implicites, des stéréotypes, la «non-compréhension de ce que l’autre veut dire», comme l’explique Danielle Mouraux, perturbent les relations famille-écoles. Et si c’est a priori normal, ce n’est pas inévitable. L’enjeu revient à dépasser cet état de fait, qu’une compréhension du rôle respectif de chacun puisse voir le jour de chaque côté.
Et, à ce niveau, tout le monde est logé à la même enseigne, que ce soit les parents ou les professionnels de l’enfance et la jeunesse. Bien souvent, le corollaire au désir d’autonomie et de réalisation de soi, est un sentiment de perte de contrôle. Une tension que chacun est amené à gérer avec plus ou moins d’outils, plus ou moins de bonheur.
Pour certains, c’est en effet plus difficile. Pour les parents d’origine populaire, outre des difficultés matérielles, cette tension s’inscrit dans un contexte particulier, celui de la mise en œuvre d’un contrôle accru (contrôle des chômeurs, conditionnalité de l’aide sociale…). Ces dispositifs de l’État social actif visent tout particulièrement ces personnes insuffisamment sujettes d’elles-mêmes. Cette logique de contrôle se traduit par une normalisation des rôles, la définition de standards et le cas échéant la mise en œuvre de logique de remédiation comme les stages parentaux l’illustrent.
Dans l’enseignement, des expériences sont mises sur pied, à l’image de l’asbl Éclat de rire soutenue par le travail de recherche de Grégory Voz. Croiser les représentations, les déconstruire, se décentrer pour comprendre la logique de l’autre… Autant de leviers pour avancer dans la construction d’un dialogue. De même, dans le secteur de l’aide à la jeunesse, le groupe Agora (
voir Alter Educ n°97) s’attache à construire, dans un dialogue permanent avec des représentants des familles, des cadres de compréhension réciproques permettant de dépasser les inévitables écarts qui prévalent dans les représentations, les manières de voir et de comprendre les mêmes événements. L’idée est ici aussi d’amener les professionnels à se décentrer par rapport à leur pratique. Du côté de l’ONE (
voir notre article), on parle de mettre en place un entretien (volontaire) au 4e mois de grossesse. Cette initiative s’inscrit-elle dans une logique d’aide et de dialogue, pour aller à la rencontre des parents ?
Il faudrait, pour bien faire, que les deux parties s’y mettent. Certains parents, certains usagers agissent. Mais ce genre d’initiative ne peut, par définition, pas être imposée. N’est-ce pas au professionnel de porter la réflexion, de s’outiller, de se former, de se lancer ?
L'Agence Alter