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L'éducation en Communauté Wallonie-Bruxelles
Actualités du 09 au 23/06/06
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Dialogue familles – écoles : réflexions à partir de deux expériences approfondies
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Les relations parents – écoles sont actuellement au centre des préoccupations éducatives. Reflet parmi d’autres, le Contrat pour l’école a fait du renforcement du dialogue entre les familles et les écoles une de ses priorités. Une série de projets de terrain sélectionnés par le gouvernement doivent d'ailleurs bientôt être rendus publiques.
Comment faire en sorte que parents et enseignants, ces deux acteurs éducatifs incontournables, s’allient, dès les premières années de la scolarité, au lieu de nourrir une méfiance de plus en plus forte l’un envers l’autre ? Comment éviter que l’un des partenaires n’empiète sur le rôle de l’autre ? Comment désamorcer les malentendus qui surviennent dans la relation ? Ces questions concernent en fait toutes les familles. Mais elles se posent souvent de manière spécifique et plus aiguë lorsque les parents se trouvent plus éloignés de l’institution scolaire : familles pauvres, familles immigrées… Les réponses immédiates les plus évidentes reposent sur une amélioration de la communication. Un pas déjà énorme, mais est-il réellement suffisant ? Deux coups de projecteur sur des expériences qui veulent aller plus loin, via la construction de partenariats approfondis, voire de dispositifs de formation.

La première de ces expériences est le fruit d’un partenariat entre des universitaires, une association, les parents et les enseignants d’une école de la région liégeoise. Grégory Voz1, un de ces universitaires, est actuellement chercheur à « l’Unité école – famille – communauté » du Service de pédagogie expérimentale de l’Université de Liège. « Le contexte dans lequel se déroule ce projet est un peu particulier », explique-t-il d’emblée. « Il a été initié, dans un quartier socio-économiquement défavorisé de la région liégeoise, par une ASBL alliant école de devoirs et alphabétisation des mères immigrées : l’ASBL Eclat de rire2. Des actions ponctuelles à l’attention des parents ainsi que des discussions entre l’ASBL et les enseignants ont déjà été mises en place depuis quelques années ».

Familles issues de l’immigration

Avec l’appui de la Fondation Roi Baudouin dans le cadre de l’appel à projets « Familles issues de l’immigration », s’est mis en place un nouveau projet de dialogue nourri entre les familles et l’école fondamentale proche où se rendent une majorité des élèves de l’école de devoirs . Ce projet veut plus précisément « 
aider le public immigré à mieux s’intégrer dans les obligations et coutumes de l’école et de son environnement ».

« Les enfants concernés sont pour la plupart en (grandes) difficultés scolaires, et l’ASBL pense que le soutien qu’elle apporte ne suffira pas et que, de surcroît, il serait temps d’associer parents et enseignants », précise Grégory Voz. « Personnellement, je suis entré dans cette collaboration en dehors de mon travail de chercheur : cela m’intéressait de le prolonger dans un projet de terrain. Mais au fil du temps, suite à des contacts avec la Fondation Roi Baudouin, nous avons reçu de quoi financer deux mois à mi-temps pour tirer quelques éléments plus théoriques de cette initiative, dimension que j’explore avec deux étudiantes en sciences de l’éducation de l’ULg ».

Les familles défavorisées à l’épreuve de l’école maternelle

Dans une étude datant de 2002, menée par le Cerisis, Eric Mangez, Magali Joseph et Bernard Delvaux avaient mis en évidence que l’identité des familles pauvres et leurs repères socioculturels se trouvent souvent dévalorisés par l’école. C’est à partir de ces repères relevant en partie de « l’éthos domestique » que les parents vont juger le travail scolaire : revenir à la maison avec des mains ou des habits salis est par exemple jugé négativement. Leur point de vue ignore la part d’apprentissage de l’activité ludique mais salissante : pour eux apprendre, ce n’est pas jouer. D’où incompréhension entre parents et enseignants. Ces chercheurs proposaient trois axes d’actions :
• offrir des ressources aux enseignants pour mieux comprendre les repères culturels des familles défavorisées ;
• offrir des outils aux parents pour comprendre la culture scolaire ;
• agir sur la relation entre ces deux acteurs.
L’étude est téléchargeable ici


Agir avec les enseignants pour changer leur regard

« L’Unité école – famille – communauté » a mené en 2004 une recherche-action qui s’appuyait sur l’étude du Cerisis. Il s’agissait d’accompagner les enseignants dans la construction de projets visant à combattre la dévalorisation des familles défavorisées par l’institution scolaire. Les équipes éducatives y ont été considérées comme des co-experts, les chercheurs apportant un soutien théorique, réflexif, mais aussi financier, matériel et cognitif aux équipes.
Six projets ont été lancés dans ce cadre (espaces de paroles, accueil du matin, histoires racontées par les parents…). Mais le dispositif s’est limité à une impulsion visant l’autonomie la plus rapide possible des écoles. Surtout, il ne s’adressait qu’à un des deux types de partenaires : les enseignants.
Pour une description de cette recherche-action et des projets menés par les écoles


Des représentations fort proches

Le dispositif de recherche est ici étroitement associé au projet de terrain : il se trouve même complètement à son service. Afin d’ « améliorer le contact entre les trois agents d’éducation que sont les parents, les enseignants et cette ASBL, nous avons élaboré un dispositif de mesure des représentations des parents et enseignants ». Pour le chercheur, «  les représentations existantes, consciemment ou non, quand elles sont actives et mal fondées sont préjudiciables. Il est donc nécessaire de les mettre à jour pour démont(r)er les stéréotypes ».

Parents immigrés (28 familles) et professionnels de l’école (31) ont été interrogés par l’ASBL. Ces investigations ont porté sur les mots que les deux types d’acteurs associent à cinq thématiques : l’école, l’environnement familial, l’enseignant, le parent et enfin l’élève.

Les chercheurs soulignent tout d’abord que « les deux populations sont assez proches au niveau des représentations qui ne se trouvent jamais en opposition ». Particulièrement en ce qui concerne l’élève. « Les adultes sont d’accord: le bon élève doit donc surtout être travailleur et discipliné pour les professionnels, discipliné et travailleur pour les parents », souligne le rapport de recherche provisoire. Cet accord est « essentiel », disent les chercheurs, car « l’élève est ce qui les unit, il est le principal bénéficiaire visé par l’action ; et parents et professionnels ont une influence sur lui ».

Le résultat de cette première analyse est assez surprenant puisque la plupart des sociologues insistent sur la profondeur du « malentendu » entre parents et écoles. L’explication réside peut-être dans l’orientation des chercheurs. Si des recherches sociologiques montrent une plus grosse distance entre les familles et l'école que les analyses menées dans le cadre de ce projet de terrain liégeois, c’est peut-être que les visées des chercheurs ne sont pas les mêmes. « Je ne travaille pas sur des enseignants ou des parents, mais avec eux. Les explications en termes de 'chocs des cultures', si elles sont le plus souvent démontrées, sont relativement stressantes ou oppressantes, parfois déterministes et pas très 'pratiques' dans le sens où elles ne proposent pas vraiment de solutions ou même de pistes. Ici, les résultats sont présentés d'abord selon les points communs (on n'est pas non plus en présence d'extraterrestres!!) puis en soulignant les différences qui font difficultés », explique Grégory Voz.

Des différences significatives de point de vue

Quelles sont ces différences qui éclairent ce sur quoi parents et enseignants devraient agir pour mieux se comprendre et se rencontrer ? Elles recoupent en fait les résultats de bien d’autres études. Relevons deux différences de taille :
• le deuxième critère grâce auquel les parents estiment la qualité de l’école est son personnel (enseignants et directeurs). Cette catégorie reprend près de 20 % des mots évoqués tandis que pour les enseignants, cela représente à peine 3 %, une quantité quasiment négligeable.
• Pour les professionnels, apporter un soutien scolaire est la qualité première relevée chez les bons parents (36 % des mots relevés). Pour les parents, cette dimension de soutien arrive loin derrière le fait de cadrer l’enfant (39 %), de lui procurer du bien-être (25%) ou encore d’être ouvert.

C’est donc sur leurs rôles respectifs que les deux populations n’arrivent pas à s’accorder. « Nous pourrions dire que ces parents se retrouvent comme des parents autochtones, ‘habituels’ à qui on demanderait d’aider leurs enfants à apprendre à nager, alors que les parents font souvent confiance à un maître-nageur professionnel… », expliquent les chercheurs de façon imagée.

Eviter le « non-dialogue de sourds »

La recherche a dégagé deux thèmes prioritaires relatifs à l’élève sur lesquels ils proposent qu’enseignants et parents dialoguent : la rigueur et le travail.

Sur la première question, celle de la « discipline », ou de la « rigueur » que doit apprendre à apprivoiser l’enfant, le problème est qu’il n’y a pas de définition commune aux parents et aux enseignants, mais qu’il n’y a pas plus d’accord au sein des deux groupes. Ce qui montre que l’explication des malentendus par la différence culturelle des parents est pour le moins insuffisante. « Ce serait une erreur : nous allons d’ailleurs comparer les représentations des parents issus de l’immigration avec les parents autochtones, explique Grégory Voz, pour voir si ce n’est pas plus le fait d’être parent en général qui freine le dialogue avec les professionnels ».

Quant à la notion de « travail », la définition ne pose par contre pas problème. « C’est sur la répartition des tâches qu’il faut s’attarder » : « les parents désignant les enseignants comme second critère de qualité de l’école, les estiment comme des personnes déterminantes de la scolarité. Par contre, les professionnels voient dans le bon parent avant tout un soutien scolaire performant alors que cette tâche est reléguée en 4e position par les parents ».

Outre le fait que des analyses plus qualitatives vont se poursuivre, il est à présent prévu que parents et enseignants soient confrontés aux représentations de l’autre acteur, afin de « se décentrer » de « se mettre à la place de l’autre ». Le chercheur joue dans ce cadre un véritable rôle d’intermédiaire. Il va présenter aux parents ce que les enseignants suggèrent qu’ils fassent pour soutenir leurs enfants (par exemple : discuter de ce qui a été fait à l’école jusqu’à s’investir dans l’apprentissage en lecture…). En retour, les parents vont déterminer ce qu’il leur est possible ou impossible de faire : cela sera renvoyé aux enseignants. En parallèle, les parents rencontreront, via l’ASBL, des externes (avocat, assistant social, médiateur, pédagogue) autour de petites tables de discussion sur l’école et son environnement ; et les enseignants recevront une courte formation au dialogue efficace avec les parents. Enfin, une confrontation directe et collective entre les parents et cinq enseignants sera organisée sur la base de l’ensemble de ces matériaux et outils. « Cette prise d’information individuelle mais aussi collective doit permettre de fonder au mieux l’action qui suivra durant cette année scolaire et la suivante en conscientisant plus d’enseignants », espère Grégory Voz. A suivre…

Ecoles – familles : des trésors à découvrir !

Toujours dans la suite de l’étude du Cerisis menée à l’initiative du ministre Jean-Marc Nollet en 2002 (voir encadré), Danielle Mouraux, formatrice d’enseignants et de parents3, a été chargée de créer des outils à partir des recommandations des sociologues. Ces outils sont téléchargeables sur le site enseignement.be. « Cette vulgarisation des pistes des chercheurs vise essentiellement à faire découvrir les richesses de l’école maternelle aux parents ». Pour ce faire, un dépliant à destination des parents a été envoyé à 50.000 exemplaires dans toutes les écoles où un enfant, sous les traits d'un lapin, raconte aux parents ce qu'il fait et apprend à l'école maternelle.

« Mais l’écrit est aussi un obstacle, souligne Danielle Mouraux. On a donc travaillé avec des professionnels de l’ONE, de CPAS, de centres PMS qui sont amenés à rencontrer les parents de jeunes enfants ». En est issu un livret qui « explique l'action aux professionnels et les invite à diffuser oralement le message du dépliant ».

« Toutefois, il ne suffit pas d’informer : nous avons mis en place trois modules de formation : l’un destiné aux enseignants, l’autre aux parents ainsi qu’un dispositif d'animation ». Le module de formation des enseignants se centre par exemple sur ce que sont les familles et comment elles ont évolué depuis 50 ans à partir d’un travail des enseignants sur leur propre famille…

L’importance du rapport au savoir

Après avoir donné plusieurs de ces formations, Danielle Mouraux en tire de nombreux enseignements. Pour elle, « il est possible de faire des choses ensemble mais à condition de lever différents obstacles. Le premier problème entre familles et écoles est un problème de communication. Mais quand on va plus loin, on s’aperçoit que le fond de la question, c’est l’existence de malentendus, c’est-à-dire de non compréhension de ce que l’autre veut dire, non compréhension dont on ne s’aperçoit pas toujours ». Danielle Mouraux les distingue de mésententes, qui consistent en des désaccords avec l’opinion de l’autre qu’on a parfaitement compris.

« Les malentendus concernent toutes les familles en fonction des lunettes à travers lesquelles elles regardent l’institution scolaire. Mais l’enjeu n’est pas le même pour toutes : il est particulier pour les familles qui portent ces lunettes domestiques dont parle la recherche sur les familles défavorisées », précise Danielle Mouraux.

« Le plus gros malentendu repose en effet sur des différences de rapport au savoir. Transmissif : apprendre, c’est cheminer vers la Vérité révélée par le Maître qui sait. Ou constructif : apprendre, c’est chercher, résoudre un problème construire des savoirs ». Ces rapports aux savoirs sont souvent implicites : il est donc absolument nécessaire de les expliciter.

Familles rondes et écoles carrées

Le problème selon la formatrice, c’est que les enseignants brouillent leurs propres discours. Des discours souvent explicitement constructivistes mais implicitement transmissifs. « Les enseignants vont par exemple dire, dans une perspective constructiviste, qu’il ne faut pas aider les enfants ou faire les devoirs à leur place, mais surveiller ce qu’ils font. C’est contradictoire : implicitement en donnant des devoirs, les enseignants poussent les parents à travailler avec leurs enfants après l’école et tout parent va aider son enfant », note Danielle Moraux. Parce qu’une famille, c’est « affectif, individuel, particulier et gratuit », tandis que l’école est « cognitive, collective, universelle, compétitive et rémunérative ». Pour reprendre l’image qu’elle utilise, « la famille est ronde et l’école est carrée ».

Les enfants ont besoin de ces deux types de logiques pour grandir mais le problème, selon Danielle Mouraux est que les deux logiques se mêlent et se brouillent sans plus être vraiment assurées l’une et l’autre. A certains égards, l’école devient plus ronde, la famille plus carrée : « chacune croit devoir ressembler à l’autre ». C’est, pour Danielle Mouraux, très significatif dans la question des devoirs à domicile qui « polluent la famille ». « Ils obligent les familles à devenir une école alors qu’elle ne devrait être que la piste d’atterrissage des savoirs scolaires : lire pour le plaisir mais non faire des conjugaisons par exemple ».

Danielle Mouraux note enfin que pour lever les malentendus, il est aussi souvent nécessaire de construire dans l’école « une identité collective des enseignants », qui bien souvent n’existe pas. « L’institutrice de 3e maternelle demande une chose tandis que celle de 1re primaire une autre : une équipe doit se demander quel type de message cohérent elle veut envoyer aux parents et aux élèves ».

Grandes questions et petits trucs

Les relations parents-écoles relèvent d’évolutions sociales de grande ampleur comme la démocratisation des relations enseignants-élèves, mais aussi parents-enfants ; la désinstitutionnalisation (le fait que nous n’entretenions plus de rapports quasi sacrés aux institutions) ; l’émergence de nouvelles formes de contrôle social au travers des dispositifs de l’Etat social actif, etc. Nous ne pouvions les aborder toutes dans ces quelques pages. Mais on soulignera que bien souvent les mécanismes mis en place pour lever les problèmes, renouer le dialogue, comme les Conseils de participation ou les associations de parents ne sont pas assez investis ou sont inopérants.

Certains dispositifs comme les recours contre les décisions de conseils de classe semblent faire pencher la balance, aux yeux des enseignants vers une dangereuse « parentocratie » ; un système où les parents auraient tout à dire et qui peut renforcer des mécanismes de marché scolaire, comme l’explique le sociologue Eric Mangez.

Exemples d'outils

Différentes publications visant à améliorer les relations entre l'école et les familles issues de l'immigration ou non, pauvres ou non sont disponibles.
• La Ligue de l'enseignement et de l'éducation permanente a ainsi édité une brochure intitulée « Développer le partenariat entre l'école et les familles en milieu populaire multiculturel ». Elle peut être téléchargée sur leur site (www.ligue-enseignement.be), dans la partie « interculturel ».
• Les documents réalisés par Danielle Mouraux sont disponibles sur www.enseignement.be
• La Fondation Roi Baudouin a publié des articles sur les 17 projets qu’elle a financés dans le cadre de son appel 'Familles issues de l'immigration et l'école'. Les projets financés devaient 'contribuer à faire de l'école et des familles issues de l'immigration de réels partenaires et alliés au profit des nouvelles générations', avec un accent particulier sur les mères de ces familles. Voir ici
• Une brochure « Communiquer avec l’école, c’est important, parce que c’est l’avenir des enfants qui est en jeu » a été réalisée en 2003 par le Groupe enseignement d’ATD Quart-Monde Wallonie-Bruxelles. Elle est disponible sur demande à ATD Quart-Monde4


Une série d’outils, d’expériences et de « petits trucs » sont proposés par différents acteurs. La Ligue des familles préfère par exemple soigner la relation parents –écoles au quotidien en continu, plutôt que d’instaurer le contrat parents –écoles proposé par le gouvernement, jugé trop peu efficace. Des pistes qui permettraient aussi d’améliorer le fonctionnement de ces instances ?
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