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Actualités du 12 au 26/05/06
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• CBAI (Centre bruxellois d'action interculturelle)
• Interculturel
• Multiculturel
• Communautarisme
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L’Interculturalité, qu’estkcekza ?
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Interview de Bruno Vinikas, président du Centre bruxellois d’action interculturelle (CBAI) à l'occasion des 25 ans du Centre.
Alter Educ (AE) : Le CBAI travaille sur l’interculturalité. En quoi ce concept se distingue-t-il de la multiculturalité ?

Bruno Vinikas (BV) : Par multiculturalité, on entend la coexistence ou la juxtaposition de différentes cultures dans un espace social ou géographique donné. L’interculturalité, par contre, c’est le phénomène par lequel ces différentes cultures s’interpénètrent et créent une culture de référence commune qui les dépasse toutes et dont toutes font partie.

Je considère que la société « belgo-belge » est peu interculturelle. En effet, l’interpénétration des francophones et des Flamands n’est pas très poussée, sauf peut-être à Bruxelles. Le terme typiquement bruxellois de « zinneke » est approprié pour décrire ce mélange. Le vieux dialecte bruxellois - le « Brusseleir » - est à l’image d’ailleurs de cette interpénétration. Mais il s’agit là d’un phénomène qui est non seulement circonscrit à la région bruxelloise mais également en fort déclin depuis une cinquantaine d’années par la conjonction de phénomènes socio-économiques (le couple désindustrialisation-tertiarisation) et politiques (l'effet pervers des lois linguistiques de 1963). D’une manière générale, on peut avoir l’impression que la Belgique a plutôt tendance à se « démixer » plutôt qu’à se mixifier.

A propos des populations issues de l’immigration, on peut observer de nos jours deux phénomènes à la fois opposés et complémentaires. D’une part, une forte diversité culturelle avec des pratiques communautaires, pour ne pas dire communautaristes, et d’autre part des tendances qui vont dans le sens de l’interculturalité. Ce qui me frappe en particulier au niveau de la jeunesse, qui très largement fréquente les mêmes écoles, même s’il y a un déterminisme sociologique dans le choix de ces écoles, c’est qu’il y a désormais à Bruxelles un certain parler « jeune » qui est très interculturel avec des influences françaises, flamandes, anglo-saxonnes, arabes et africaines. La jeunesse bruxelloise s’avère donc beaucoup plus interculturelle que la génération précédente.

AE : Vous voulez dire qu’on évolue du communautarisme vers l’interculturalité ?

BV : Les deux phénomènes existent et je ne veux pas faire preuve ici d’un excès d’optimisme. En tout cas, il y a donc deux pôles et il convient alors d’apprécier la part de l’un et de l’autre.

Mais l’interculturalité peut aussi être une démarche volontariste visant à favoriser cette interpénétration. C’est un des objectifs du CBAI qui se retrouve dans son appellation même. Notre action interculturelle s’exerce notamment dans certaines de nos formations lorsqu’il s’agit de sensibiliser à la diversité culturelle ambiante différentes sortes d’intervenants sociaux comme par exemple des enseignants, des placeurs de l’Orbem, des agents de police ou des travailleurs sociaux.

Enfin, pour le CBAI, il y a un troisième aspect de l’interculturalité qui revient à s’en servir comme outil pédagogique. Une de nos activités récurrentes est la formation d’agents de développement culturel. La méthode consiste notamment à constituer des groupes culturellement hétérogènes. On produit ainsi une dynamique née de la présence simultanée de personnes d’origines diverses où les questions liées à cette diversité se retrouvent au cœur même de la démarche, à la fois dans l’objectif et dans la méthodologie.

Comme on le voit, l’interculturalité est donc un concept extrêmement riche car c’est pour nous à la fois un phénomène sociologique, un objectif politique et une méthode pédagogique.

AE : Ce discours peut-il passer dans des communautés travaillées par des réflexes communautaristes ?

BV : Par rapport aux identités d’origine, on estime au CBAI qu’il est naturel, et donc qu’il n’est pas contraire à une quelconque éthique, que des gens veuillent se retrouver entre eux, ne fût-ce que pour se valoriser individuellement dans un collectif qui essaie lui-même de se valoriser. Il s’agit là de pratiques très anciennes. Rappelons par exemple, qu’il y a trente ou quarante ans, les consulats italiens dans le monde entier organisaient déjà des cours d’italien pour les enfants de leurs émigrés. Ce genre d’activités relève des structures et des actions internes à une communauté. Mais il ne s’agit pas là, selon moi, de communautarisme mais bien d’un travail sur l’identité culturelle destinée à se fructifier et à se transmettre sans viser à compromettre l’intégration des mêmes populations dans la société d’accueil.

Le communautarisme va plus loin parce que c’est une démarche qui considère que la communauté est la principale source d’identité voire l’unique, avec exclusion de toutes les autres qui se retrouvent ainsi rejetées. Le communautarisme débouche ainsi par exemple sur une hostilité aux mariages mixtes. Cela peut même aller plus loin dès lors que l’on en viendrait à considérer que la communauté doit se doter d’instruments institutionnels permettant d’assurer un contrôle sur ses membres pouvant aller jusqu’à la négation du recours aux institutions publiques.

AE : Dans ce cadre, l’interculturalité apparaît alors comme une menace ?

BV : Notons que les tentations communautaristes, à défaut de se justifier, peuvent s’expliquer par la nécessité de créer une sphère de sécurité au sein d’une société ambiante perçue comme intolérante et hostile. Or les foyers d’intolérance et d’hostilité ou les pratiques discriminatoires perçues plus particulièrement par les communautés d’origine non européenne au sein de la société belge sont malheureusement bien réels d’où les tentations de repli. En outre ces communautés sont systématiquement confrontées à des « injonctions d’intégration » en provenance de responsables politiques belges. Ces injonctions sont souvent ambiguës quant à leur portée réelle et parfois même carrément maladroites. Je pense par exemple à l’obligation qui est faite aux citoyens non européens désireux de s’inscrire sur les listes électorales communales, et donc de poser un acte d’intégration civique, de signer une déclaration d’adhésion à la Convention européenne des droits de l’homme. On rappelle ainsi clairement à ces citoyens la défiance dont ils font trop souvent l’objet et on légitimise, même involontairement, les discriminations dont ils sont victimes.

Pour le CBAI, comme pour d’autres associations culturelles, il s’agit d’éviter que la démarche d’interculturalité puisse se trouver assimilée aux injonctions d’intégration dont je parlais plus haut. Pour nous, très clairement, l’interculturalité est un modèle qui est proposé et non une obligation qu’il faudrait imposer.

AE : On évoque beaucoup les modèles fournis par tel ou tel pays. Modèle britannique ou modèle français républicain d’inspiration jacobine …

BV : Ce qui me frappe évidemment dans le modèle britannique, c’est qu’il est beaucoup plus ouvert au communautarisme. On est toujours surpris lorsqu’on se promène à Londres de voir par exemple des policiers anglais d’origine sikh portant le turban. On se dit qu’il y a là un respect des identités d’origine qui est beaucoup plus fort que chez nous. En Belgique, cette situation serait en effet inimaginable. La société britannique accorde facilement la citoyenneté britannique à tous ceux qui sont issus d’un pays du Commonwealth. Ainsi à l’origine, les Indiens, les Pakistanais et les Bengalis - les trois principales communautés immigrées de Grande-Bretagne avant les Antillais (West Indies) – étaient souvent des personnes qui ont été expulsées d’Afrique centrale ou orientale où elles vivaient, mais qui en tant que ressortissants du Commonwealth avec la nationalité britannique sont venus en Grande-Bretagne de plein droit mais avec leurs coutumes. Elles ont alors cultivé leurs particularismes tout en s’insérant dans la société anglaise.

Quant au système républicain français, il me paraît suspect à bien des égards et ne correspond pas avec ce que nous avons voulu introduire en terme de notion d’intégration du temps du Commissariat royal à la Politique des Immigrés. Le système français est suspect dans la mesure où il ne parvient apparemment pas à se dépêtrer des conséquences toujours présentes de la période coloniale française. En particulier, la guerre d’Algérie reste en France assez taboue. Dans ce contexte, l’esprit républicain est une manière d’affirmer que l’« on a encore toujours raison ». Le rejet du voile, par exemple, au nom de la neutralité républicaine est un débat ambigu surtout lorsqu’on a vu qu’à l’occasion du décès du pape Jean-Paul II, les drapeaux français ont été mis en berne.

Quand on voit les modèles français, scandinaves, hollandais en train de péricliter, on se dit que finalement le modèle belge s’avère beaucoup plus tolérant, plus modeste aussi et plus ouvert à une approche pragmatique des évolutions possibles.

AE : Le débat a aussi tendance à se focaliser sur les normes et les valeurs …

BV : A l’époque du Commissariat royal, nous avions proposé une définition de l’intégration. Dans cette définition, trois niveaux avaient été distingués. Le premier concerne l’ensemble des dispositions légales et réglementaires belges (constitution, lois…) qui s’imposent de manière obligatoire pour tous, en ce compris bien sûr les étrangers. Le troisième niveau, concerne les identités culturelles qui relèvent de la liberté individuelle. Quant au deuxième niveau, c’est celui des normes et valeurs qui sont celles de la société hôte et qui doivent s’imposer comme modèle aux étrangers.

A vrai dire, je suis actuellement de moins en moins d’accord avec cette dernière approche. Je crois désormais que la notion de normes et valeurs est une notion floue et ambiguë dont on n’a finalement pas besoin. Je ne connais en effet aucune norme et aucune valeur que je voudrais imposer à quiconque, Belge ou étranger, qui ne se trouve pas déjà inscrite dans une loi. Quant à ce qui ne figure pas ou pas encore dans une loi, cela relève alors du débat, notamment à propos de ce qu’on appelle les questions éthiques.

Prenons par exemple, l’égalité hommes-femmes. Celle-ci se trouve garantie dans la constitution belge ainsi d’ailleurs que dans toute une série de dispositions nationales et internationales. Il ne faut donc pas l’ériger en terme de norme puisqu’elle existe sous forme de loi. Le respect de la démocratie ? Et bien la démocratie a ses règles. Il est vrai que le concept de démocratie n’est défini nulle part, ni dans la constitution, ni dans aucune loi. C’est un concept. Voilà donc une norme qu’il conviendrait d’imposer ? En fait, la démocratie se définit comme norme mais s’impose comme règlement dans toute une série de lois (élections, …).

Dans ce contexte, je pense qu’il ne faut pas obliger à des normes et à des valeurs parce que le risque est grand alors d’imposer une « valeur dominante » d’une certaine culture, christo-européenne ou encore néo-libérale. Une référence aux normes et aux valeurs s’avère finalement inutile puisqu’il suffit de se référer à la constitution et à l’ensemble des lois. L’imposer en une seule phrase risque d’apparaître comme une attitude de défense qui en tout cas va à rebours de la démarche interculturelle et, de manière plus fondamentale, au débat démocratique.
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