Trois semaines après le meurtre de Joe Van Holsbeeck, l’émotion et les manifestations ont fait place aux décisions politiques. Deux articles de ce n° évoquent cette actualité. Le premier fait le tour des propositions sorties du Comité de concertation entre le gouvernement fédéral et les autres niveaux de pouvoirs (
lire notre article). Le second aborde les grilles de lectures proposées par une série d’acteurs pour comprendre ce que sous-tend la forte réaction suscitée par ce fait divers (
lire notre article).
Lorsqu’on examine les réponses politiques, on ne peut qu’être frappé par la teneur « sécuritaire » des mesures mises en avant. La dimension préventive et éducative, pourtant annoncée, se limite à la pérennisation des contrats de prévention et de sécurité ainsi qu’au simple rappel du programme politique des grandes villes.
Peut-être est-ce lié au fait que la conférence de presse était organisée par le premier fédéral et que, les préséances aidant, les réponses des Communautés étaient mises en retrait. Il reste qu’on n’a pas encore entendu ces dernières, pourtant chargées de l’Enseignement et de l’Aide à la jeunesse. Chez nous, il y aura un gouvernement spécialement dédié à cette question le 19 mai prochain. Très bien. Mais pour faire quoi ? Et surtout avec quels moyens ?
Une fois de plus, la plus grosse part du gâteau (financier mais aussi médiatique) va aux mesures de sécurité et de répression. Si le nouveau centre fermé était bien prévu dans le cadre de la réforme de la loi de 65 sur la protection de la jeunesse, il se trouve légitimé comme jamais il n’aurait pu l’être. Coût annoncé : 26 millions d’euros. Peut-être plus si l’on se réfère à ce qu’a finalement coûté le centre d’Everberg (30 millions). Cette seule mesure représente 1/8 du budget global de l’aide à la jeunesse. Or tout observateur un peu averti sait bien que la question de la cohésion sociale, le vivre ensemble ne se règle pas avec des policiers dans la rue, des juges supplémentaires et des places en milieu fermé. C’est d’ailleurs la teneur de nombreuses interventions de jeunes. Que l’on pense à la réaction du Conseil de la jeunesse d’expression française ou cette pétition des élèves de Linthout qui a recueilli fin avril plus de 205.000 signatures sur internet ! Ils demandent tous plus de sécurité et de dialogue social dans une logique qui privilégie la dimension éducative.
Les matières communautaires et régionales (éducation, aide à la jeunesse, action sociale…) sont en première ligne. Les racines des problèmes qui ont conduit à ce drame procèdent de mécanismes de dualisation dans un contexte d’affaiblissement des liens sociaux. L’école, traversée par ces tensions, participe à l’insu de son plein gré, à leur reconduction, voire les renforce.
Un des présumés coupables venait d’une école qui concentre des élèves en difficulté sociale et scolaire. Joe fréquentait une école qui était aussi une sorte de ghetto à l’autre bout du spectre social.
Le Soir et le grand jury de RTL-Tvi ont pris l’initiative de réunir les deux chefs d’établissement. Le dialogue fut fructueux, pointant l’inégale répartition sociale des élèves entre établissements. Au passage, signalons que la ségrégation scolaire était au centre de la journée de formation organisée par École + (
voir notre article). Concernant l’implication de l’école dans la socialisation des élèves, le préfet de Léonard De Vinci demandait « des éducateurs spécialisés, les spécialistes en psychologie, en socialisation ». Ce fut d’ailleurs l’objet d’une question parlementaire quant à la valorisation de cette fonction essentielle. Lorsqu’on écoute les professionnels de terrain, on voit bien où il serait utile d’injecter des moyens pour répondre aux problèmes sociaux mis en exergue par l’événement. Il reste que l’on se trouve à quelques mois des élections. Les réponses annoncées laissent penser qu’elles ont été formulées de la sorte moins pour répondre aux préoccupations des citoyens que pour se prémunir d’une nouvelle marée brune.
On peut au moins en tirer une leçon. Outre la confirmation que sur ces questions le rapport entre flamands et francophones est bien en faveur des premiers, il est urgent de valoriser les expériences (qui fonctionnent) menées dans une optique préventive dans et à l’extérieur de l’école. Et les acteurs de terrain ont des choses à dire et à montrer. Les écoutera-t-on…
L'Agence Alter