Innovation cherche définition
Le premier Forum sur les innovations pédagogiques s’est déroulé fin février au Ceria. Organisé par la cellule Tutorat de l’ULB en partenariat avec Alter Éduc, il cherche à mettre en valeur des initiatives de terrain. C’est aussi l’occasion de réfléchir à la définition de l’innovation scolaire ainsi qu’aux conditions de leur implémentation. Mais ce n’est pas sans poser question.
En effet, la tâche n’est pas évidente : absence de définition de ce que pourrait être une innovation en milieu scolaire, l’éparpillement des initiatives sans aucun lieu de référence, leur caractère bricolé et donc peu pérenne, essentiellement en raison du manque de moyens… Et aussi la difficulté à définir, appliquer des critères pour identifier ces innovations. La route est longue et l’initiative n’est pas (encore) parfaite. C’est la première édition. Il faudra affiner les critères, améliorer la démarche de sélection des projets, travailler la mise en réseau et la diffusion des expériences nominées…
L’enjeu est autant de susciter l’innovation que de construire les conditions de son transfert. Parce que l’innovation, la créativité sont des leviers pour changer, affiner les pratiques, les adapter aux nouveaux enjeux qu’impose l’évolution de la société. Dans un ouvrage paru en 2004, Françoise Cros, une spécialiste de l’innovation scolaire, propose « plutôt que de transférer l’innovation, il faut transférer l’innovateur ». Sans tomber dans le piège de la diffusion de « bonnes pratiques reproductibles », c’est de la recherche de réseaux, la mise en place de lieux de débats qui permettent la transmission et l’appropriation : des conversations avec les collègues, des rencontres de chercheurs, des analyses de pratiques avec d’autres, des colloques de mutualisation des savoirs, etc.
Il nous semble, à Alter Éduc, qu’il y a là un débat à porter, une dynamique à mettre en œuvre. La question de l’innovation ou de l’initiative en milieu scolaire est loin d’être simple. Elle touche aux relations complexes entre l’acteur et le système pour parler comme les sociologues des organisations. In fine, dans le champ éducatif, comme l’a fait remarquer la ministre de l’Enseignement dans son speech de conclusion du Forum, il est de la liberté pédagogique, pas celle des réseaux mais celle des enseignants. Un des nœuds de notre système éducatif. Pour répondre à ses problèmes structurels, la tentation pourrait être de chercher à standardiser les pratiques. Or l’acte d’apprendre comme celui d’enseigner demandent des ajustements continus, en fonction de nombreux paramètres difficilement objectivables. Comment proposer un horizon, donner des orientations et des cadres tout en laissant la liberté aux acteurs pour les atteindre? Sachant que les moyens sont limités et que les enseignants sont demandeurs d’outils, de dispositifs pour les soutenir dans leur action.
Une fois que l’on veut communiquer, diffuser, partager, l’évaluation des mesures mises en place apparaît très vite incontournable. Elle est pourtant, du moins dans les projets présentés au Forum, très peu présente. Sans doute par manque de temps, par faiblesse organisationnelle sur laquelle reposent souvent ces initiatives. Et Françoise Cros de s’interroger sur les effets pervers de l’évaluation des dispositifs innovants. Elle se demande comment les instances officielles qui défendent naturellement des choix en matière de politiques éducatives pourraient-elles évaluer ces transgressions que sont toujours quelque part les innovations ? En même temps, elle en vient à défendre vigoureusement l’évaluation des actions innovantes. Elle invite à penser l’évaluation comme la poursuite de la recherche. C’est une étape qui doit mettre en péril les évidences qui servaient à définir le projet. Les innovateurs, toujours en questionnement, se nourriraient de l’évaluation.
L'Agence Alter