Crise des banlieues : de la reconnaissance au partage d'expériences
Les émeutes dans les banlieues françaises ne se sont donc pas étendues aux « quartiers » des différentes villes en Belgique, malgré quelques incidents limités. On ne reviendra pas sur les différences entre notre situation et la leur qui font que des émeutes n'ont pas eu lieu chez nous. Du moins cette fois-ci.
En 1991, des émeutes avaient eu lieu à Saint-Gilles et à Forest. C'est dans leur foulée que les Contrats de sécurité entre le fédéral, les Régions et des communes avaient été instaurés. Ce 17 novembre, le Premier ministre Guy Verhostadt a rencontré des animateurs de quartiers et des éducateurs de rue engagés dans le cadre de ces contrats. Pour les féliciter.
«Ils ont fait un travail exceptionnel, ils sont aux premières lignes et leur efficacité est un rempart face à une détérioration de la situation comme en France», a déclaré le Premier. Il a aussi promis que les contrats de sécurité s'étaleraient désormais sur quatre ans (au lieu d'une année), afin de stabiliser leur action ainsi que les emplois qui y sont liés. Dans les années nonante, le statut des travailleurs des contrats de sécurité était tellement précaire que des préavis conservatoires avaient été distribués à plusieurs reprises dans l'attente d'une reconduction des moyens dédiés à cette politique. Alors que certains ministres de l'Intérieur (particulièrement au VLD) ont beaucoup plus insisté ces dernières années sur le traitement sécuritaire des questions sociales, la reconnaissance du travail de prévention semble enfin faire son chemin.
La réaction de Guy Verhofstadt va manifestement dans la bonne voie. Il parle aussi de mieux coordonner les différents pouvoirs subsidiants. Il s'agit à présent d'approfondir la réflexion. Notamment en s'inspirant d'autres actions menées ailleurs en Europe.
Un des journalistes de l'Agence Alter, Baudouin Massart, a récemment publié un livre aux Editions l'Harmattan qui fourni un aperçu de la situation nord-irlandaise1. Sous la forme d'un carnet de voyage, il évoque les conflits urbains sur la base d'interviews de travailleurs communautaires.
Certes, les contextes historique et social sont extrêmement différents, mais le conflit nord-irlandais a débouché sur une déstructuration urbaine qui a particulièrement touché la jeunesse. Ce qui a obligé les politiques et travailleurs sociaux à innover
L'exemple nord-irlandais permet par exemple de comprendre certaines dimensions prises par les émeutes où qu'elles se passent. Leur aspect ludique par exemple. De plus en plus, on entend des professionnels de terrain français expliquer que nombre de jeunes ne voient qu'un jeu dans les émeutes. A Belfast, Neil Jarman, de l'Institute for Conflict Research, n'hésite pas à parler d' « émeute récréative » : « Aujourd’hui, le moteur principal des émeutes, c’est l’ennui. Parce que les jeunes n’ont rien d’autre à faire, ils traînent près des endroits à risque, s’arrangent pour se battre entre eux et se lancer des pierres. Ce sont seulement des problèmes de jeunes désœuvrés, qui ne savent pas quoi faire, ne disposent pas d’argent ou de revenus, et qui sont peu scolarisés. »
En fait, en France ou à Belfast, les jeunes ne sont pas seulement cloisonnés dans les cités ou des quartiers, on les a aussi cloisonnés dans l'ennui. Les jeunes n'ont pas d'avenir, mais surtout ils n'ont pas de présent. Ils n'ont strictement rien à perdre. Ce que confirme un article relatant les propos de jeunes pyromanes, paru dans Le Monde début novembre : 'On n'a pas le choix. On est prêt à tout sacrifier puisqu'on n'a rien', se justifie Bilal. 'On a même brûlé la voiture d'un pote. Ça lui a foutu les boules, mais il a compris.'
En Irlande du Nord, la ville et les gens ont bien été obligés de s'habituer, d'adapter leurs comportements face aux émeutes. Belfast a aussi développé des méthodes pour gérer ces débordements. Outre des dispositifs pour atténuer la discrimination à l'embauche, de nombreuses initiatives utilisent la création culturelle pour gérer les conflits. Il est question ici de moyens pour déplacer la violence dans un processus de construction identitaire, souvent une première étape indispensable pour sortir du ghetto.
Gérer le présent pour pouvoir penser et construire l'avenir.