L'évaluation pose question. Que ce soit dans les classes, lorsqu'il faut noter le travail des élèves mais plus encore lorsqu'on s'attache à évaluer le travail des professionnels.
Un ouvrage récent traite de la question dans l'éducation. De nombreux cas particuliers décrits dans l’ouvrage, tendent à démontrer que la percée de l’évaluation des personnels reste difficile. D'une part, si elle a fortement progressé dans les pays anglo-saxons, elle y reste cependant fort diverse . D'autre part, des pays comme la France ou le Benelux, laissent cette pratique encore à l’état embryonnaire.
C'est pourtant une tendance lourde qui s'inscrit dans le paysage de l'action publique et qui dépasse largement le secteur de l'enseignement. Les politiques et les administrations mettent en oeuvre, en particulier à l'égard des activités subsidiées, des logiques d'évaluation et de pilotage. L'évaluation constitue en effet une réponse à plusieurs défis rencontrés par les pouvoirs publics : le resserrement de la contrainte budgétaire, la crise de légitimité de l'action publique ou encore l'implatantion de nouvelles formes de gouvernance et d'action publique... L'argument est simple : la nécessité d'un contrôle de l'état sur l'utilisation de l'argent public pour s'assurer que les objectifs assignés par le pouvoir politique sont remplis au mieux.
On voit combien, dans des domaines nombreux et variés les gardes fous sont utiles, que ce soit pour garantir une certaine éthique politique et/ou administrative, ou pour éviter les dérives qui conduisent à des manquements au vu des finalités des politiques poursuivies.
Mais il faut distinguer les niveaux d'évaluation. En témoigne l'appréhension de nombreux professionnels par rapport aux pratiques d'évaluation. Si les professionnels doivent être évalués, c'est au sein de leur organisation et au regard d'objectifs sur lesquels ils ont effectivement prise. Et cette évaluation nécessaire à la gestion de toute organisation ne doit pas se confondre avec l'évaluation des politiques en vigueur.
Un exemple. En France, l'INSEE, l'Institut nationale de la statistique et des études économiques vient de publier une étude (voir dans la rubrique Télex) qui analyse l'effet de la politique des zones d'éducation prioritaire (ZEP). Elle juge le résultat de cette politique “décevant” notamment en raison de la manière dont sont utilisés les moyens supplémentaires alloués aux écoles accueillant les publics les plus défavorisés. Ce n'est pas le travail des enseignants qui est mis sur le grill mais l'ensemble de la politique et la manière dont elle est adoptée, utilisée par les acteurs. Reste à savoir, une fois les résultats diffusés, ce que le ministre de l'Éducation nationale en fera bien qu'il ait déjà manifesté sa volonté de revoir le système ZEP.
Et chez nous ? On se souvient que le gouvernement actuel avait, dans sa déclaration de politique gouvernementale, annoncé sa volonté d'évaluer une série de politiques en application. Depuis, rien de neuf si ce n'est deux processus de consultation et de réflexion avec les secteurs de la culture, de l'aide à la jeunesse et de l'enseignement supérieur. Mais pas à proprement parler d'évaluation.
De nombreux dispositifs mériteraient une évaluation afin d'être ajustés, outillés pour mieux remplir les objectifs qui leur sont assignés. Surtout lorsqu'ils sont au centre des réformes en cours. Lorsqu'on lit l'article qui fait le point sur la concertation dans le primaire, on peut penser qu'il serait utile de revenir sur ce rouage essentiel dans l'implantation des réformes éducatives au niveau des écoles.
Une fois la volonté d'évaluer exprimée, il faut encore mettre en place les conditions de cette évaluation. L'enjeu revient alors à se donner les moyens de son évaluation, au risque de passer à côté de l'objectif poursuivi : procurer aux acteurs un retour sur leurs actions et aussi, de rendre compte de l'action menée aux autorités politiques et aux citoyens. Le processus évaluatif est difficile, nécessitant beaucoup d'énergie, mais tellement nécessaire à l'entretien des ressorts de notre système démocratique.
L'Agence Alter