À Florennes, rencontre entre demandeurs d’asile, travailleurs sociaux et riverains du centre d’accueil
07/07/2006
Chantal Godard
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Ce 22 juin, dans la salle Saint-Pierre du foyer culturel de Florennes, travailleurs sociaux, demandeurs d’asile et riverains du centre d’accueil Fedasil de Florennes1 ont témoigné de leur vécu devant des acteurs sociaux de la région et une partie de la population dans un débat public intitulé : « Des préjugés… à la réalité du vécu de la personne en exil ».
Cette soirée était le résultat d’un partenariat entre l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil), l’AMO Jeunes 20002, la Maison de la Laïcité et l’Irfam (Institut de recherche, formation, action sur les migrations) et s’insérait dans le projet de prévention générale « Intercultur’Réalité » entamé en mars 2005 avec la réalisation d’un livre blanc.
Catherine Minne, assistante sociale à l’AMO Jeunes 2000 a parlé de la « difficulté d’être jeune, encore multipliée pour un jeune réfugié »; de « la promiscuité que ces jeunes vivent, en étant confinés à trois ou quatre dans une ou deux pièces, du refus des écoles d'accueillir ces jeunes, de l’intolérance qu’ils subissent, de leurs problèmes d’argent et du travail d’écoute que l’AMO procure à ces jeunes pendant et après leur séjour ».
Ousman, âgé de 21 ans et arrivé en Belgique en 2002 a tenu à témoigner : « Je me suis retrouvé après une attente de huit heures à l’Office des étrangers à Bruxelles à prendre le bus pour Florennes. J’ai dû subir un test pour déterminer mon âge et j’ai été taxé de majeur alors que je n’avais que 17 ans à l'époque. J’aurais voulu suivre les cours d’hôtellerie mais j'ai été contraint de suivre une filière bois. Tous les étrangers du centre suivaient la même filière ». Ousman a parlé de la « difficulté de se côtoyer entre tant de nationalités différentes. Entre nous aussi, il y a du racisme ». Il a préféré quitter le centre.
Non reconnaissance de leur histoire
Une assistante sociale de Fedasil a raconté l’arrivée des demandeurs d'asile au centre « à pied avec leurs bagages et leur histoire. Que 350 personnes et 40 nationalités différentes se retrouvent au centre, qu’ils n’ont pas le temps de se poser qu’ils doivent déjà subir une procédure bureaucratique qui les stresse. Sans nouvelles de leurs proches, sans intimité, sans pouvoir cuisiner, en situation de dépendance, et en subissant de surcroît une non-reconnaissance de leur histoire ».
Adolf, Tutsi originaire du Congo est en Belgique depuis 2002 et s’investit dans le mouvement des sans-papiers : « Qui doit-on intégrer ? Le centre Fedasil ou les réfugiés ? Nous quittons nos rituels pour venir en Belgique et vivre dans des chambres de huit. Je n'ai jamais rêvé de vivre dans une chambre de huit. Pendant combien de temps devons-nous vivre ainsi ? Et nous nous retrouvons à devoir quitter le pays après cinq ans. Nous vivons une vie précaire au centre à attendre dans l’incertitude. J’ai une petite fille de 9 ans que je ne vois plus. Ce n’est pas une vie dans un pays démocratique. Nous demandons à la population de comprendre notre problématique ».
La souffrance de se sentir inutile
Jamila Moussaoui, psychothérapeute, a parlé de son travail d’écoute des personnes qui arrivent chez elle avec leurs plaintes psychosomatiques, leurs angoisses, leur psychose parfois. « Ils viennent avec du malheur plein leurs valises et ils se retrouvent dans l’impossibilité de se projeter, de s’éduquer, de se former et de former leurs enfants. Ils se retrouvent dans un contexte de travail pathogène…. Nous jetons les personnes dans un no man’s land…. On refuse l’immigration mais on tolère la clandestinité... »
Nelly, d’origine bulgare, est arrivée dans notre pays en tant que demandeuse d’asile. Après avoir vécu pendant 8 ans en Flandre, elle travaille depuis 2002 en tant qu’éducatrice dans l’aile de Florennes réservée à l’accueil des Mena : « J’ai été obligée de trouver du bonheur ailleurs. J’ai tout laissé, ma personnalité, ma culture, mes croyances, mon langage, mon identité, tout. Et je ne suis plus personne, je ne suis plus qu’un étranger, un dossier, un numéro, un voleur, un délinquant. La plus grande souffrance est de se sentir inutile. Dans chaque personne, il y a du soleil et il faut donner la possibilité au soleil de briller. »
Une riveraine de Florennes « désireuse de connaître les demandeurs d'asile qui passent et repassent dans sa rue » s’est voulue la porte-parole des autres riverains : « Le climat social actuel est peu propice. Le nombre de réfugiés fait peur et provoque un blocage. Les réfugiés qui arrivent chez nous nous remettent en question. Ne les abîmons pas trop… Nous devrions diriger le pays en bons pères de famille. »