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Tohu, la Cité des arts du cirque de Montréal : entre terre et humain
 15/09/2006  Cécile Histas   imprimer
Rallier autour d’un même projet innovant une entreprise privée de 3 000 personnes comme le Cirque du Soleil, une institution d’enseignement comme l’École nationale du cirque et un regroupement de professionnels et de compagnies artistiques comme En Piste... Tel est le parti pris par les fondateurs de l’organisme sans but lucratif (asbl ndlr) Tohu1 créée en 1999 sur l’un des sites d’enfouissement de déchets situé en milieu urbain, le plus grand d’Amérique du Nord. Le quartier Saint-Michel de Montréal, l’un des plus sensibles au Canada, a en effet été choisi comme lieu d’expérimentation d’un rêve qui ne cesse de grandir tant du côté des créateurs que des habitants de ce quartier multiethnique.
L’association a une triple vocation : celle de faire de Montréal la capitale internationale des arts du cirque, celle d’oser réhabiliter un site honni en bordure d’autoroute et enfin, celle de redonner un souffle de vie au quartier Saint-Michel qui compte bon nombre de jeunes issus des « minorités visibles »2 et dont le parcours scolaire est jonché d’obstacles.

Tous en piste

Le premier volet, culturel, est de permettre un lieu d’expression et d’échanges entre les diverses compagnies non seulement nationales3 mais aussi continentales voire internationales. Des partenariats avec les écoles du cirque de Belgique et de France sont en cours. Pour la directrice des programmations, « l’objectif culturel majeur est de mettre les installations à disposition de compagnies soit reconnues comme le Cirque du Soleil, qui a fourni une bonne partie du budget lors de la création de la Tohu, soit de petites troupes qui ont besoin d’espace de création et de répétition avant de prendre leur envol » commente Christiane Bonneau, agente de programmation à la Tohu.

Impliquer une population fragilisée

En accueillant en moyenne une trentaine de jeunes en décrochage ou difficultés d’intégration, la Tohu compte exploiter le volet communautaire. L’association, sans marcher sur les plates-bandes des organismes officiels de remise à l’emploi et d’insertion socioprofessionnelle, entend encourager les communautés de migrants à s’approprier, du moins en partie, le projet intersectoriel. À travers les métiers de l’accueil et des services (ex : restauration, entretien du site, visites guidées du Complexe environnemental), certains arrivent graduellement à retrouver une activité génératrice de revenus. « La Tohu reste très souple sur l’organisation et le recrutement des jeunes qui viennent lors de notre journée portes ouvertes en début d’année. Même si l’un des objectifs futurs est de rendre le tout plus institutionnalisé, l’essentiel, pour l’heure, est de les encadrer dans leur volonté de reprendre soit une scolarité soit une activité régulière », explique Christiane Bonneau.

Outre l’aspect réinsertion, la Tohu offre une quarantaine d’activités ou animations gratuites par an pour les habitants du quartier et les écoles. Chaque dimanche, des artistes en herbe peuvent côtoyer des professionnels sur le vaste espace extérieur de la Tohu ; du breakdance à la capoeira en passant par du théâtre amateur ou de la jonglerie.

Pourquoi pas chez les « cousins » belges ?

Un projet tel que la Tohu ne serait pas imaginable sans un soutien étatique. Le directeur général reconnaît que près de 50 % du budget initial sortent des poches du gouvernement québécois. Sur un total de 73 millions de dollars même canadiens (51,5 millions d’euros !), le Cirque du Soleil a trouvé quelque 21 millions d’euros et les partenariats privés avec des boîtes de communication et d’assurances ont fait le reste. « Nous projetons d’augmenter la capacité d’accueil et osons rêver d’un chapiteau propre qui accueillerait un public large. Un autre axe est de toucher plus en profondeur des publics cibles comme les enfants, les communautés visibles qui ont moins accès à la culture. Grandir graduellement tout en incitant les habitants du quartier à s’intégrer au projet. La grosse erreur dès le départ, selon moi, fut d’imposer en quelque sorte un projet à un quartier. Maintenant que la Tohu est acceptée, à nous d’avancer au rythme des besoins des habitants de Saint-Michel », conclut Brunelle.
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