La formation des travailleurs de l'aide à la jeunesse
27/03/2007
Nathalie Nottet
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Organiser la formation continuée obligatoire des travailleurs du secteur de l’aide à la jeunesse et harmoniser le socle de formation de base de ceux-ci sont les deux objectifs clés proposés par le cabinet de la ministre Catherine Fonck1 en matière de formation. Une meilleure qualité des interventions, une identité cohérente du secteur et une plus grande professionnalisation sont recherchées.
Ce projet en matière de formation a été soumis au Comité d’accompagnement pédagogique (CAP)2; ce dernier lui a réservé un accueil plutôt frileux. C’est surtout son caractère obligatoire qui fait violence.
La formation, un principe et des moyens déjà existants
Il existe en aide à la jeunesse un cadre et des textes qui balisent la formation et la garantissent au sein des services. Ainsi, par exemple, l’agrément des services est en partie subordonné à la formation continuée ; le projet pédagogique doit contenir une optique en ce sens. Le code de déontologie3 fait lui aussi référence à un devoir de formation et d'information permanente des intervenants du secteur de l'aide à la jeunesse.
Sur le terrain, cinq services privés de formation agréés4 sont chargés de la mise en œuvre de la formation continuée (voir AEduc n°92) qui se décline de la mise à jour des connaissances à l’approfondissement de matières, en passant par la supervision d’équipe. Un organe, le CAP assure la concertation permanente entre les différents organismes, rend un avis sur la programmation et le contenu des formations que ceux-ci proposent.
Puis, au sein de chaque équipe, le conseil pédagogique (direction et personnel) se doit d’aborder le programme de formation et de supervision pédagogique, une fois l’an au minimum. Tandis que le Service des méthodes, de la recherche et de la formation de l'administration5 analyse les besoins de formation des services publics et élabore des programmes pour les rencontrer.
Si les préoccupations de formation semblent aussi bien présentes dans le secteur, le cabinet de la ministre Fonck, en charge de l’aide à la jeunesse, n’en entend pas moins renforcer le processus. Marc Coupez, représentant de la ministre, explique cette démarche: « L’usage de la formation est inégal, des pans entiers du secteur ne sont pas formés, le système de formation actuel a donc des lacunes. Le fait que certaines professions ne sont pas protégées, comme celle d'éducateur par exemple, ouvre ces fonctions à des formations de base très éclectiques, non spécifiques. De plus, les formations des Hautes écoles n’abordent que très peu l’aide à la jeunesse ce qui déforce les prérequis nécessaires. » Le souhait du cabinet est de rendre « l’accès à la formation pour tous et que tous y accèdent », en renforçant la formation continuée d'une part; en harmonisant les formations initiales d'autre part.
Un nouveau programme, mal accueilli…
Le secteur représenté au sein du CAP a réservé un accueil plutôt mitigé à ce projet de la ministre avec pour échos doutes et irritations; et s’est heurté tout de go à son caractère obligatoire. Quelques réactions :
• Bernard De Vos, président du CAP et directeur d'une AMO, ne conteste pas le fait que le secteur manque de formations. « Un encouragement à la formation doit être fait et peut-être de manière plus contraignante par rapport aux jeunes travailleurs. Une formation de base sur les essentiels du métier par exemple est envisageable. Mais promouvoir une formation obligatoire pour des travailleurs déjà en piste depuis plusieurs années, c’est un non catégorique ». Et d’ajouter que « les expériences de formations obligatoires comme dans l’enseignement ne sont pas des mesures concluantes, efficaces, alors pourquoi ? D’autant qu’il existe des moyens comme le conseil pédagogique qui fonctionne bien au sein des équipes ».
• Sophie Detournay, en tant que directrice et formatrice d’un service de formation agréé (Synergie), regrette que la focale de ce programme s’appuie sur une vision si négative des travailleurs sociaux qui y sont décrits comme manquants, incompétents, mal formés. Pour elle, si les programmes de formations proposés par les cinq services ont des lacunes par manque de cohérence admettons, pourquoi ne pas faire cette évaluation au sein du CAP et pourquoi (sans prêcher pour sa chapelle, précise-t-elle) ne pas octroyer des moyens supplémentaires à ces services existants ? Elle questionne aussi le coût élevé du projet (500.000 euros/an dès 2008) pour un nombre d’heures assez insignifiant (de 8 à 10 heures/an en fonction de l’ancienneté) et ce, sans compter le surcoût nécessaire aux remplacements des travailleurs partis se former, point sensible pour les bancs syndicaux.
• Christine Mahieu, représentante d’une fédération de services au CAP6, questionne de son côté le fait que ce projet ne prend pas en compte la supervision, le lien entre formations qualifiantes et les répercussions salariales. Elle pointe le statut du CAP mis à mal par le cabinet qui le sollicite comme lieu de négociations (et non d’avis).
Chacun relèvera que les équipes se forment et ont de plus en plus le souci de se former, cadres et éducateurs ensemble. Mais l’obligation fait violence. Du côté du cabinet de la ministre Fonck, on peut l’entendre, néanmoins on estime aussi que c’est le seul moyen de former un secteur.
Et de répondre par rapport aux services de formation agréés, qu' « il n'est pas impossible que des moyens supplémentaires soient octroyés à ces services. Ceux-ci fonctionnent actuellement dans une logique d’offre et de demande, non comme outil de formation d’un secteur ». Cinq services pour 6.000 travailleurs, cette équation semble conforter le fait que la formation n’est pas partout, et Marc Coupez d'ajouter que quand il y a formation c'est plus souvent pour le personnel psycho-social et de direction.
Dossier à suivre...