Pub à l'école : une commission pour sortir du flou
27/03/2007
Damien Staquet
imprimer
Une commission autonome devrait prochainement être créée pour examiner les infractions au pacte scolaire en ce qui concerne les activités publicitaires, politiques et commerciales. Un avant-projet de décret de la ministre de l'Enseignement obligatoire, Marie Arena1, sera débattu au Parlement de la Communauté française dans les prochaines semaines.
L'école, terrain de chasse privilégié pour les sociétés commerciales ? Il semblerait que les écoles soient de plus en plus abordées par des entreprises désireuses de leur fournir des « dossiers pédagogiques » qui se révéleront aussi être des outils publicitaires en désaccord avec l'article 41 du pacte scolaire. Celui-ci interdit la publicité et les intrusions commerciales à l'école.
Une banque a récemment été montrée du doigt pour une pratique trop agressive - un jeu d'initiation à l'argent regorgeant d'allusions commerciales à la marque qui proposait, avant un revirement, de rémunérer les établissements scolaires à la suite de l'ouverture de comptes par ses élèves.
Interpellée régulièrement sur ces questions, la ministre Marie Arena a voulu clarifier une situation qui touche les écoles, les enseignants, les élèves, mais aussi leurs parents. « La commission aura pour mission d'apprécier les faits qui lui seront soumis, en tenant compte des particularités liées au milieu scolaire et à l'intérêt de l'enfant, précise Jennifer Wuilquot, conseillère en charge du protocole et des relations publiques du gouvernement de la Communauté française. Cela permettra de clarifier les ambiguïtés existant aujourd'hui auprès des acteurs de l'enseignement pour déterminer si une activité relève de la publicité commerciale. »
Jusqu'à présent, la seule réaction du politique face à cette problématique revêtait la forme d'une circulaire attirant l'attention des enseignants sur un cas précis.
Avec la nouvelle commission, la faille qui existait quant à savoir ce qui est ou non un outil pédagogique devrait être comblée. Le projet est ambitieux puisque le nouvel organe devrait tenter de dégager chaque année des règles à diffuser aux écoles par voie de circulaires. Il devrait fournir ainsi les outils nécessaires pour apprécier la pertinence pédagogique des sollicitations dont les acteurs de terrain font l'objet. À eux ensuite de les mettre en pratique... et d'alimenter la commission avec les pratiques qui leur posent question.
La commission sera composée de différents protagonistes de l'enseignement qui siégeront conjointement au sein de cette structure d'avis. Ceux-ci seront remis au gouvernement de la Communauté française qui statuera définitivement.
Développer l'esprit critique des élèves
L'impact des publicités sur les élèves fait l'unanimité : tant auprès des sociétés qui veulent l'utiliser qu'au sein du cabinet de l'Enseignement obligatoire de la Communauté française. « Lorsqu'une marque de dentifrice propose d'intervenir en classe pour apprendre à se brosser les dents, les élèves voudront acheter le même produit qu'ils auront eu en classe », déclare Jennifer Wuilquot.
Au cabinet le la ministre Arena, on voit dans la nouvelle commission un rempart contre tous les abus. « Cela va permettre de réaffirmer le rôle de l'école en termes d'éducation et de développement de l'esprit critique. Celle-ci n'est pas un lieu où l'on peut faire de la pub. »
La ministre Arena ne souhaite pourtant pas entraver les équipes éducatives dans leur travail. Ainsi, si l'objectif pédagogique est bien respecté et prime sur des considérations commerciales (par ex. une initiation aux produits du commerce équitable), les initiatives ne devraient pas être empêchées. L'adhésion du corps enseignant aux avis énoncés se révélera déterminante pour avoir un effet réel sur l'avis de la commission.