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Une journée de débat pour lancer « l’école commune »
 09/03/2007  Donat Carlier   imprimer
L’Appel pour une école démocratique (Aped) a organisé ce samedi 3 avril toute une journée1 autour de son programme de réforme de l’école en 10 points « Vers l’école commune » (voir AEduc n° 1352). Un succès puisque entre 150 et 200 participants sont venus assister à deux conférences, la présentation des propositions de l’Aped, six ateliers et une table-ronde. Fait plutôt rare dans une rencontre autour de l’enseignement : toute la journée était bilingue, avec des traductions simultanées projetées sur écran ou via casque audio.
Effet cascade

Ides Nicaise, professeur à la KUL, est venu étayer le constat de départ de l’Aped selon lequel « la Belgique fait partie des pays où la ségrégation en écoles ‘de riches’ et écoles ‘de pauvres’ est la plus forte ». Pour Ides Nicaise, si la Belgique a des résultats aussi inéquitables dans des enquêtes internationales comme PISA, c’est parce qu’elle « constitue une exception, c’est le pays le plus libéral au monde sur le plan scolaire ». Mais aussi parce qu’elle fait partie de « ces pays où l’enseignement est très stratifié » dès l’entrée dans le secondaire. Résultat : l’effet cascade qui relègue les élèves en échec dans des filières techniques et professionnelles qui se voient dès lors dévalorisées.

Une seule solution pour l’universitaire louvaniste : « supprimer les différences de niveau » pour créer un même curriculum au moins jusqu’à la fin du premier degré du secondaire. Le chercheur a souligné différentes conditions pour que ce type de réforme fonctionne.
• Ce tronc commun ne peut pas être confondu avec de l’enseignement général : la formation qui y est donnée doit donc équilibrer les compétences générales, techniques et pratiques ;
• un soutien spécial des élèves les plus faibles doit y être organisé .

Ecole et milieux populaires

Bernard Rey, professeur de psycho-pédagogie à l’ULB, est lui venu présenter quelques processus qui creusent le fossé entre les enfants des milieux populaires et la façon de penser qu’induit l’école3. Il a ainsi pointé l’impact particulièrement négatif de l’attitude dépréciative d’un enseignant face aux erreurs d’un élève issu des milieux populaires. Interpréter ces erreurs comme « des manques de connaissance, d’effort, d’attention, d’intelligence parfois à mots couverts… », et non comme « une logique erronée, mais une logique quand même », induit chez ces enfants le sentiment de ne pas être dignes de l’école.

À côté d’autres phénomènes plus connus (comme la réduction des exigences ou l’usage du redoublement), Bernard Rey a également particulièrement insisté sur les difficultés que peuvent induire certaines pratiques de « pédagogie du projet », si le lien entre activités et apprentissage n’y est pas explicitement travaillé. « Les enfants des milieux populaires sont plus souvent orientés vers la réalisation du projet que vers l’apprentissage »…

Discussions de méthode

Face à la proposition de l’Aped d’« une école commune, sans distinction de filières, de réseaux, d’origine sociale », les invités à la table-ronde finale ont rejoint l’association sur ses objectifs tout en discutant certaines modalités. Ides Nicaise a notamment appelé à « agir davantage sur l’offre » et à faire en sorte que « les écoles soient plus égales », plutôt que contraindre la liberté des parents. « On ne peut pas leur en vouloir de chercher la meilleure école pour leurs enfants ».

Jean-Pierre Kerckhofs, militant de l’Aped, lui a répondu que dans la lutte contre le quasi-marché, on ne pouvait distinguer l’action sur l’offre et la demande. Le programme en dix points de l’Aped préconise d’ailleurs une réduction de choix d’écoles par la fusion des réseaux en une seule école publique « nécessairement non-confessionnelle ». À ce titre, Jean-Pierre Kerckhofs a affirmé contrairement à Rudy Wattiez, secrétaire général de Changements pour l’égalité, que « l’égalité doit se décréter » pour avoir une chance d’être mise en œuvre.

Dans une approche plus pragmatique, Rudy Wattiez a notamment plaidé pour une différenciation du financement des écoles et de la formation des enseignants afin d'apporter un plus grand soutien aux établissements qui concentrent les difficultés scolaires. Prosper Boulangé (CSC-enseignement) a en tout cas souligné que « toute réforme devra pour réussir être portée par les enseignants » et donc intégrer les problèmes de condition de travail qu’ils rencontrent au quotidien.
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