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L'éducation en Communauté Wallonie-Bruxelles
 
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• MJ (Maisons de jeunes)
• AMO (Services d'aide en milieu ouvert)
• OEJAJ (Observatoire de l'enfance
• de la jeunesse et de l'aide à la jeunesse)
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Des acteurs culturels et sociaux de la jeunesse qui se comparent en Communauté française
 23/02/2007  Damien Staquet   imprimer
Maisons de jeunes et services d'aide en milieu ouvert : du pareil au même ? Certainement pas au vu de l'enquête et de l'analyse menée par l'Observatoire de l'enfance, de la jeunesse et de l'aide à la jeunesse1. Les spécificités des deux types d'opérateurs sont nettement marquées, tant dans leurs missions, leurs actions et leurs cultures de travail. Pourtant des similitudes se remarquent aussi en termes de valeurs prônées, de public visé (les jeunes), de refus du sécuritaire et de situation générale des secteurs.
Comparer en vue de rapprocher les maisons de jeunes et les services d'aide en milieu ouvert tout en tenant compte de la spécificité de chacun de ces secteurs : tel était l'enjeu que soulevait la matinée de travail de l'Observatoire de l'enfance, de la jeunesse, et de l'aide à la jeunesse du 8 février dernier. Rassemblant tant des acteurs dépendant du secteur de la Jeunesse de la Communauté française - les maisons de jeunes (MJ) - que ceux issus de l'Aide à la jeunesse - les services d'aide en milieu ouvert (AMO), la matinée aura permis de donner une photographie de ces secteurs proches mais qui se connaissent mal entre eux... pour ne pas dire en manque de repères objectifs par rapport à leur propre spécificité.
Faisant suite à un état des lieux dressé d'une part pour les MJ et d'autre part pour les AMO, une analyse justement intitulée 'portraits contrastés et points de convergence' proposait de présenter de manière conclusive les résultats de l'étude confiée en 2003 par l'Observatoire à un organisme indépendant : le Centre liégeois d'étude de l'opinion (CLEO) de l'Université de Liège2. Les enseignements de celle-ci ont été présentés par l'équipe de l'Observatoire, notamment par Dominique Delvaux.

L'évaluation par un tiers extérieur des maisons de jeunes et leur comparaison avec les services d'aide en milieu ouvert partait de l'intérêt supposé de comparer ces structures. En effet, chacune à sa manière concrétise la politique en faveur des jeunes de la Communauté française. Préalablement, on notera que la méthode d'enquête choisie implique aussi les perceptions de panels des personnes interrogées en plus d'une enquête quali-quantitative classique.

Des priorités d'action bien distinctes

On trouve dans l'enquête une mise en parallèle d'éléments essentiels tels que les aspects législatifs, les moyens de fonctionnement, les origines des structures, les profils des responsables, les publics visés de même que les actions menées. Sur la plupart de ces aspects, l'étude met en exergue de nombreuses différences entre secteurs. Ceci est particulièrement criant en ce qui concerne les actions perçues comme prioritaires de part et d'autre. Ainsi, pour les MJ, proposer un accueil libre dans un local adéquat est essentiel au même titre qu'organiser des ateliers d'expression ou de concerts/expos, favoriser les relations avec les habitants du quartier. Plus éloignées de ces priorités « culturelles », les AMO visent à éviter les ruptures familiales, à réduire le décrochage scolaire ; elles tiennent des permanences sociales ; elles accompagnent leurs bénéficiaires dans leurs relations familiales, judiciaires et sociales ; etc. Des préoccupations qui dépendent nettement plus du domaine « social ». Dans le même ordre d'idées, les MJ sont là pour « permettre » au jeune d'agir alors que les AMO ont pour mission de l'« accompagner ». Enfin, les différences se marquent aussi dans ce que Dominique Delvaux qualifie de « cœur de l'association ». Les MJ se concentrent ainsi à 50 % sur l'accueil des jeunes alors que les AMO proposent majoritairement du travail individuel à ses participants.

Une communauté de valeurs

Existe-t-il des similarités entre ces structures si différentes dans leurs actions ? Certainement, au vu de l'enquête. « C'est surtout dans la gestion de l'association que nous trouvons des convergences, précise Dominique Delvaux. Davantage que dans l'action de terrain. Les préoccupations, notamment, sont assez proches, comme d'assurer la pérennité de l'association. On note aussi que si le budget était doublé, les deux types de structures aimeraient engager du personnel et revaloriser ceux qui y travaillent déjà. » Des affectations similaires donc; avec quelques nuances, l'allocation d'une partie des moyens supplémentaires se traduirait en terme de réalisation de projets pour les AMO plus alors que les MJ affecteraient plus de budget en investissements immobiliers et en véhicules.

Les difficultés rencontrées par les deux secteurs sont proches au point de vue du cadre de travail : le manque de personnel, de moyens et d'infrastructures adaptées fait l'objet d'une préoccupation commune. Les difficultés liées aux jeunes se concentrent autour de la démotivation de ces derniers : les MJ devant en outre faire face à une démotivation des animateurs. Cela se ressent moins chez les AMO.

« Ces similarités pourraient déboucher sur davantage de partenariats, poursuit Dominique Delvaux. De part et d'autre, on ne ressent pas vraiment de concurrence, au contraire d'autres associations de jeunesse, car les pratiques et les objectifs des MJ diffèrent nettement de celles des AMO.»

Sur le terrain local, les partenariats ne sont pas rares, ce qui semble lié à un partage de valeurs telles que le refus de la surenchère sécuritaire et l'intérêt du jeune comme enjeu majeur. À ce propos, les collaborations avec les contrats de sécurité et de prévention mis en place par les pouvoirs communaux sont appréhendés avec circonspection par les deux secteurs : des craintes de dérives ou de récupération des projets sont souvent avancées. Toutefois, là où des collaborations ont lieu avec des contrats de sécurité, les AMO ou les MJ ne pensent pas tomber dans de telles dérives.

Une autre convergence se trouve dans leur perception commune de ne pas être des organismes voués à la prise en charge psychothérapeutique ou à la réduction de l'insécurité et de la délinquance juvénile. Par contre, chacun se retrouve dans des tâches de devoirs scolaires, de mise en relation avec d'autres jeunes, de communication non-violente et d'orientation de celui-ci vers les services d'aides adéquats. Au niveau institutionnel, MJ comme AMO optent pour une interpellation indispensable du politique et considèrent les relations avec d'autres associations comme tout aussi importantes.

Paroles d'acteurs pour mieux collaborer

Au-delà de l'enquête du CLEO, la parole a aussi été donnée directement aux acteurs de terrain. Des panels de discussion se sont ainsi tenus sur deux thématiques : quels sont les problèmes rencontrés par les secteurs et quelles solutions peuvent y être apportées ?

« Le premier écueil rencontré de manière unanime est de savoir qui l'on est et ce que l'on fait, annonce Françoise Mulkay qui a collaboré à l'étude pour l'Observatoire de l'enfance, de la jeunesse et de l'aide à la jeunesse. Il y a une volonté claire pour les deux secteurs de se démarquer d'emblée, d'affirmer sa différence même si chacun est conscient de travailler avec les mêmes jeunes. La définition de cette identité de manière positive est d'ailleurs urgente. »

Les panels ont aussi permis de déterminer des valeurs-clés communes. Celles-ci tournent autour des notions de citoyenneté (former et agir en tant que professionnel citoyen), de droit à la culture (sans l'instrumentaliser), de prévention (soutenir les jeunes plutôt que d'en protéger la société) et de refus du sécuritaire.
Les travailleurs des secteurs MJ et AMO ont, en outre, une vision assez similaire de leur reconnaissance même si le tableau est particulièrement noir. Le grand public aurait une image négative des MJ, ne connaîtrait pas les AMO (« un moindre mal », selon Françoise Mulkay) et, ce qui est assez préoccupant, les jeunes, bénéficiaires des deux services, ne connaîtraient pas suffisamment l'existence de ces structures. Ils seraient encore moins capables de déterminer les apports spécifiques des deux types de structures. Une confusion qui n'étonnera pas grand monde.

Un questionnement ressort aussi des panels de discussion à propos des jeunes : qui sont-ils ? Quels sont leurs besoins et quelle réponse apporter à la génération actuelle ? Le contexte sociétal semble avoir une importance non négligeable sur les jeunes. Ainsi, la moindre tolérance qui caractériserait la société vieillissante, les difficultés rencontrées par la jeunesse en vue de son insertion socioéconomique et la prolongation de l'adolescence ont modifié la donne et poussent MJ et AMO (voire l'ensemble des professionnels de la jeunesse) à s'adapter à ce nouveau contexte.

Une même méfiance existe de la part des MJ et des AMO vis-à-vis de l'administration - pour des raisons de contrôle, de manque de transparence et d'évaluation à long terme - ainsi que par rapport au politique. Au refus de se voir instrumentaliser, s'ajoutent des problèmes de financement perçus au moment de l'étude comme particulièrement criants chez les MJ et de choix politiques : « les jeunes, ce n'est pas que l'école », synthétise Françoise Mulkay.

En terme de moyens, tous s'accordent aussi pour reconnaître que la jeunesse et l'aide à la jeunesse sont le parent pauvre de la Communauté française. Il en découle une précarité des emplois et des projets développés de même qu'une certaine concurrence entre opérateurs : la crainte de voir restreindre sa part respective du « gâteau » est un frein à la collaboration entre secteurs et même au sein des secteurs. Ajoutons à cela, la dépendance financière forte par rapport à leurs bailleurs de fonds et des conditions de travail et de salaires qui se révèlent peu attractives pour le personnel, et l'on comprendra que le turn-over en est dangereusement accéléré.

Perspectives de complémentarité

Des pistes existent pourtant pour l'avenir des deux secteurs. Selon Françoise Mulkay, une mise à jour de la notion de prévention, accompagnée d'une plus grande précision dans la définition des missions de chacun renverserait la tendance. Se faire connaître à la lumière de l'histoire de son secteur y contribuerait également. Le financement à 100 % des emplois, la globalisation des subsides (ou leur non morcellement) destinés aux actions et la création de plateformes d'échange entre AMO et MJ sont aussi envisagées. Des échanges de bonnes pratiques, voire la mutualisation d'animations, complètent la liste des propositions.

Le point de vue des fédérations

Pour lancer le débat avec les participants et les questions de la salle, ce 8 février, des représentants de fédérations issus des deux secteurs allaient apporter leur éclairage et leurs conclusions.

Selon Antoinette Corongiu de la Fédération des maisons de jeunes en Belgique francophone (FMJBF)3, des collaborations doivent d'abord se mettre en place localement pour ensuite agir au niveau communautaire. « Une plateforme existe pour rassembler MJ, AMO, centres de jeunes et le secteur enseignement; et elle fonctionne, reconnaît-elle. Mais avant de pouvoir travailler en synergie, il est impératif qu'un climat de confiance s'installe localement. Avec une jeunesse métissée, plurielle et aux caractéristiques socioéconomiques fort différentes, le bénéficiaire doit savoir à qui il s'adresse. Des relais sont donc à créer entre structures. »

Issu d'une AMO, Daniel Martin de l'Association nationale des communautés éducatives (ANCE)4 abonde dans le sens d'une plus grande ouverture. Sur base de valeurs communes et malgré des pratiques divergentes, le travail à long terme des secteurs se révèle payant. « Refusons en bloc les logiques d'émotivité que nous rencontrons lorsque qu'un dramatique fait divers se produit, lance-t-il. On ne forme pas plus des citoyens en 24 heures que l'on obtient une action efficace d'une MJ en sous-finançant son secteur. » Daniel Martin remarque aussi que des MJ partagent parfois les mêmes locaux que des AMO, soulignant ainsi une proximité géographique qui devrait être un atout. Pour lui, il est impératif de surmonter des cultures de travail différentes pour que les secteurs puissent adopter une position politique commune.

À la suite de cette intervention, Olivier Leblanc de la Fédération des centres de jeunes en milieu populaire (FCJMP)5 rappellera l'histoire lente à construire des secteurs, depuis la déjudiciarisation de l'aide à la jeunesse, en passant par les premières conventions AMO, il y a trente ans pour finir par les réformes de financement qui jalonnent cette décennie et la précédente. « Un enjeu sera de construire des collaborations y compris avec les différents niveaux de pouvoir de la Communauté française, déclare-t-il. On peut en attendre davantage qu'en travaillant avec les communes qui ont peu de liens avec les acteurs essentiellement sociaux et culturels que nous sommes. »

Ce point de vue de méfiance vis-à-vis d'une récupération sécuritaire des communes sera souligné par Bernard De Vos de la Fédération des institutions de prévention éducative (FIPE)6. Il voit, en outre, dans la plate-forme d'échange entre différents acteurs de la jeunesse et de l'aide à la jeunesse un outil efficace à partir du moment où des synergies comparables existeront entre les ministères compétents. De là à demander la rédaction d'un texte général valable pour tous les secteurs traitant des jeunes à la Communauté française, il y a un pas que Bernard De Vos franchit certainement.


Une compétence pour l'ensemble du gouvernement de la Communauté

La prise de parole d'Yves Polomé, représentant du cabinet de Catherine Fonck, ministre de l'Aide à la jeunesse de la Communauté française7 démontrera une vision assez proche de celle des acteurs de terrain à quelques nuances près. S'il ne remet pas en cause la nécessité pour les MJ et la AMO d'avoir des interlocuteurs publics au niveau communautaire, celui-ci soulignera le travail en commun déjà accompli entre cabinets pour parvenir à des résultats. « L'aide à la jeunesse ne peut assumer ce dossier seule, précise-t-il. La mutualisation et la coordination ne fonctionnera que si elle est portée par le gouvernement. Je précise aussi que, si beaucoup des moyens alloués à la Jeunesse le sont à des fins sécuritaires, c'est beaucoup plus le cas en ville qu'en zone rurale. » Il terminera en annonçant qu'il est bien dans l'intention de la ministre Catherine Fonck de refinancer les AMO à hauteur de 30 à 40 %. Cette question devant encore être débattue par le gouvernement.

Pour conclure la séance, les orateurs issus des maisons de jeunes et des services d'aide en milieu ouvert s'accorderont pour reconnaître que l'action de terrain est encouragée par le travail mené par les fédérations au niveau communautaire. La réciproque faisant elle aussi l'objet d'un consensus.
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