« Vers l’école commune » : après les critiques, les propositions de l’Aped
10/11/2006
Donat Carlier
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Depuis deux ans, les militants de l’Appel pour une école démocratique (Aped) planche sur un programme de réforme approfondie de l’école en Belgique (valable pour toutes les Communautés). Il a été rendu public sur le site internet de l’association1 « afin de susciter des réactions » avant qu’il ne soit plus largement mis en débat. Les « 10 points » de l’Aped visent avant tout à rendre l’école plus égalitaire.
« En 10 ans d’existence, explique Nico Hirtt, nous avons essentiellement travaillé à dénoncer la catastrophe scolaire belge », celle d’« une inégalité record ». L’Aped a voulu passer à une phase plus propositionnelle : un programme en dix points – « indissociables » – pour rendre « une autre école possible ». Et l'Aped de remettre en cause des « contraintes historiques, financières, institutionnelles » qui sont autant de « tabous ».
La même école pour tous
Elément central : une « école de base commune de 6 à 15 ans ». Elle viserait notamment à mettre fin à l’actuelle rupture entre primaire et secondaire. Les élèves passeraient « progressivement d’un instituteur unique à des maîtres spécialisés par branche ». Ce n’est que par la suite que les jeunes « de 16 à 18/19 ans » fréquenteraient « des lycées préparatoires à l’enseignement supérieur ou des lycées qualifiants ».
Pour que ce tronc commun puisse devenir réalité, l’Aped demande de renforcer dès maintenant « la formation générale dans les premiers degrés de l’enseignement qualifiant ». La formation dans cette école commune ne serait cependant pas seulement « générale » mais également « polytechnique » (« technologies de la production et de la vie quotidienne », « découverte de l’acte productif, pas seulement les divers métiers, mais aussi l’activité associative, le jardinage, etc »). Dans ce cadre, les enseignants se verraient reconnaître une grande liberté (« pas de dogmatisme pédagogique ») « à condition que les objectifs d’apprentissage soient strictement définis et contrôlés » (par une évaluation centralisée). Il faudrait, au travers des programmes, diffuser des façons de faire « plus respectueuses du rapport au savoir des enfants d’origine populaire », « privilégier les pédagogies qui donnent du sens aux apprentissages », varier les approches, favoriser les échanges entre enseignants… Mais sans rien imposer puisque « ça ne marche pas ».
La fin du libre choix et des réseaux
« Aujourd’hui, la ségrégation scolaire est plus forte que la ségrégation sociale et géographique existante », souligne Nico Hirtt. « Pour garantir une mixité sociale dans chaque établissement, une école est attribuée à chaque élève dès la première année et pour une durée de 10 ans, sauf accident ou déménagement ». Et ce, sur la base du domicile et du revenu. « Jusqu’à une date avancée, les écoles doivent admettre en priorité les élèves qui leur sont affectés. Après la date butoir (du 15 août par exemple), les inscriptions redeviennent libres, mais selon la disponibilité de places ». « Il ne s’agit donc pas d’une carte scolaire (ndlr: système d'application en France) rigide, précise Nico Hirtt, mais ce système permet que la toute grande majorité des parents jouent le jeu ; ceux qui ne le feraient pas prendraient le risque de devoir fréquenter une école très éloignée de leur domicile ».
Dans la foulée de ce système, l’Aped prône la fusion des réseaux en un seul « forcément public » ainsi que « la suppression du caractère confessionnel ». « Il ne s’agit pas de dire que le catholique est mauvais et les réseaux officiels sont mieux », souligne Nico Hirtt. Mais vu le système d’affectation des élèves prônés, « on ne peut pas obliger les gens à aller dans une école confessionnelle ».
Plus de moyens
L’Aped prône également 15 élèves par classe dans les trois premières années (de 6 à 9 ans), maximum 20 au-delà avec un encadrement spécifique pour les besoins particuliers d’élèves en difficulté, issus de l’immigration, etc. L’école imaginée devrait aussi être ouverte sur la société qui l’entoure et particulièrement aux « associations citoyennes et culturelles, mouvements de jeunesse, clubs de sport… ».
Mais tout cela demanderait de nouveaux moyens : « il faudra que l’Etat consacre de nouveau 7% de son PIB à l’enseignement (comme à la fin des années ‘70) ». Et même plus durant la période de transition (10 ans), « (...) mais on pourra en récupérer progressivement une partie sur le coût de l’échec scolaire, des filières, des options et des réseaux, et grâce à une utilisation plus rationnelle des infrastructures ». Ce qui amène l’Aped à préconiser soit « une révision de la loi de financement des communautés », soit « un retour de l’école dans le giron fédéral ».
Le texte sera diffusé de manière plus large début 2007, avec un argumentaire sous forme de foire aux questions, et fera, par la suite, l’objet d’une journée d’étude.