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• Carrefour de l'aide à la jeunesse
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Le Grej prône un retour au protectionnel
 17/03/2006  Xavier Bodson   imprimer
Le Groupe de recherche éducation et jeunesse (Grej)1 a récemment publié les résultats d’un travail réalisé par Jacques Rihoux et Christophe Jonard. Le duo dresse un tableau assez noir du fonctionnement du secteur de l’aide à la jeunesse. Sous ce titre, la publication a fait d'ailleurs fait l'objet d'un article choc dans La Libre du 4 mars 2006, une date symbolique puisqu'elle marque le vote du décret 15 ans plus tôt. Si certains des constats font échos aux propos relevés dans les Carrefours de l'aide à la jeunesse, leur interprétation et les propositions qui en découlent suscitent de nombreuses critiques. Elles témoignent en effet d'un parti pris évident : le retour aux placements en réponse à la surestimation systématique des ressources familiales. Extraits et mise en perspective avec Isabelle Ravier, chargée de cours en criminologie à l'UCL.
Le ton est donné dès la mise en contexte. Le temps est venu de « poser sur la problématique de la violence familiale un regard sans complaisance ». Au-delà d’une « grave carence des moyens humains et matériels consentis par l’Etat », les auteurs font le constat des dysfonctionnements institutionnels dont, in fine, les familles et les jeunes font les frais. Ils dénoncent la priorité au maintien dans la famille et le « refus de la prise en considération de la situation familiale ». Pour J. Rihoux, « le décret de 1991 est le fruit d'un environnement social, économique qui est maintenant daté. Ce décalage est entretenu par des freins de nature idéologique ». Pour sortir de l'impasse, il propose de prendre exemple sur les tendances qui se dessinent actuellement en France. J. Rihoux dénonce encore ce qu'il perçoit comme une « autocensure d'un secteur où les professionnels qui ont tendance à favoriser l'expression individuelle des usagers sont incapables de s'avouer la faillite d'un système ». Le propos est clair: « faire contrepoids à d'autres tendances » à l'heure où le politique va devoir tirer les conséquences des résultats des carrefours de l'aide à la jeunesse.

Les deux auteurs identifient les « points négatifs récurrents » du système de l'aide à la jeunesse à partir de huit situations sélectionnées et des avis de professionnels issus de différents secteurs. Parmi les constats, « le mythe de la demande » : en résumé, le fait que toute intervention doit être soumise à la demande ou l'accord du jeune. « Cette conception est difficilement compatible avec la notion d’enfant en danger ». C’est aussi « le morcellement des interventions entre les opérateurs » . Le document relève encore « la difficulté de transmission des informations » et enfin « la carence ou l’usage tardif des diagnostics ».

Des propositions

Le Grej se fend d’une série de propositions dont certaines renvoient aux propositions qui émergent à l’issue des Carrefours de l’aide à la jeunesse (voir p. 321). Première proposition, la rationalisation du « secteur et des services » qui doit se traduire par... « un renforcement des capacités d'accueil ». Autre proposition, la création dans chaque commune, sous la responsabilité des échevins des Affaires sociales, d'une cellule d'information, de médiation et de proposition comme interface entre le réseau local (écoles, Amo, maison de jeunes, opérateurs de l'accueil extrascolaire...) et les autorités administratives et judiciaires. Toujours au niveau local, le Grej propose d'octroyer davantage de compétences au commissaire de police pour certaines infractions et sanctions réparatrices. La mise en place d’un tribunal des affaires familiales constitue une autre proposition. Le juge siégerait entouré « de représentants du secteur psycho-socio-pédagogique ». Citons encore le recours à un diagnostic précoce en utilisant les outils que propose le pédopsychiatre français Maurice Berger. Dernière proposition qui,elle, se trouve à peu de choses près dans les projets de la ministre Fonck, l'instauration d'un référent expérimenté auprès des familles en difficulté.

Un travail controversé

A propos de ces plus de 300 pages, Isabelle Ravier, membre du «  comité scientifique » de l'étude, estime cependant que «  la méthodologie adoptée et les modalités de récolte des données ne peuvent prétendre à une démarche scientifique rigoureuse, on ne peut parler de 'recherche'. Si la question de la cohérence des trajectoires de prise en charge mérite d’être étudiée, la rigueur s’impose avant d’en inférer des conclusions générales ». A propos de cette proposition qui veut généraliser les diagnostics précoces, elle poursuit en précisant « ces recherches me mettent mal à l'aise. Elle développe une visée positiviste. C'est une lecture de la réalité qui enferme dans des critères ne laissant aucune place à l'aspect dynamique des inter-relations. On se situe dans des réponses a priori par rapport à des comportements interprétés comme à risques. Pour moi, ces critères de dangerosité sont dangereux. »
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