Jeter un petit coup d’œil de l’autre côté du rideau, de l’autre côté du papier, dans les coulisses d’Alter Educ, c’est découvrir des plumes évidemment, des journalistes de profession ou occasionnels. Le plumage d’Alter Educ, s’il a compté sur deux mi-temps salariés de l’Agence Alter, n’aurait pu donné tant de ramages sans l’apport de correspondants extérieurs. Engagés à la pige, ils ont été au fil des années les maîtres d’œuvre d’un bon tiers des papiers de la publication. Pour ce dernier numéro, levons une part du voile qui recouvrait « les trigrammes » en signature des articles. Derrière les DDT, PDE, ADE, PMR, ILE, SGS, NNT, DST …
De l’écriture utile
Patrick Delmée est enseignant dans le qualifiant : en 6
e et 7
e « auxiliaire, familiale et sanitaire », « technique social », « électricité et mécanique »… « J'ai participé à l'aventure
Alter Educ depuis le n° 15, raconte-t-il. J'avais été interviewé dans le numéro précédent à propos d’un projet dans mon école : la semaine de la formation et de l’emploi. La secrétaire de rédaction m'avait dit qu'on cherchait des correspondants locaux. Je n'ai pas hésité longtemps. En tant qu'enseignant de français - mon métier principal -, je demande souvent à mes élèves d'écrire. Quoi de plus normal que d'entretenir mes compétences d’écriture? ». Mais cette collaboration a également eu un impact dans ses cours. « La lecture d'
Alter Educ et les contacts des interviews m'ont permis d'apporter un éclairage pour mes élèves de sections sociales et d'aide aux personnes, explique-t-il. Il m’arrivait même d’utiliser certains articles en classe, voire de renseigner mes collègues et ma direction en partant d’articles… Mais si mon école est bien abonnée, la publication passe rarement la porte de la direction, comme souvent. »
Comme journaliste, Patrick a trouvé que « les personnes interrogées sont souvent d’accès facile et aiment bien partager leurs préoccupations, notamment parce que la formule d'
Alter Educ a acquis une reconnaissance en Communauté française: une revue thématique avec un format idéal à la lecture, centré sur les faits, mais éclairée par différents points de vue, sans paillettes ni strass ».
La forme est un élément d’importance pour Damien Staquet, correspondant plus récent d’
Alter Educ. Son expérience de chargé de communication n’y est sans doute pas étrangère. « Ce n’est pas parce qu’on travaille dans le social qu’on doit travailler dans les clichés du social, dans le bricolage. On peut faire du beau sans tomber dans l’utilisation des moyens à outrance. »
Pour Patrick,
Alter Educ va manquer : « il ne suffit pas de diffuser de l’information au quotidien, il faut aussi du recul et un travail critique ».
De l’expertise
Agnès d’Arippe, une autre correspondante qui a traité principalement des matières 'enseignement', présente, elle, un autre profil différent de celui de Patrick: elle est avant tout journaliste pigiste. Elle insiste d’ailleurs sur « la difficulté de ne pas être spécialiste de l'enseignement ». « Les personnes interviewées s'attendent toujours à ce que je sois également enseignante et quand je leur dis que je suis uniquement journaliste, elles ont l'air assez déçus... » Agnès y voit une question de confiance : « elles veulent être sûrs d’être bien compris, elles se trouvent mal considérés dans la société et ont l’impression que beaucoup de stéréotypes circulent sur les enseignants. Mais mes interlocuteurs précisent bien qu’
Alter Educ est différent sur ce point ».
L’expertise, c’est là un intérêt que voit aussi Pascale Meunier, responsable de la rubrique « extrascolaire, enfance, jeunesse », dans sa collaboration régulière à la publication. « Quand tu rencontres des gens, tu profites de ton expérience, et tout s’alimente. Tu n’es jamais au niveau zéro des connaissances ; même sans traiter exactement toujours des mêmes matières, les liens se font. » Une expertise qui peut être utile au-delà des papiers écrits, quand, par exemple, elle permet de transmettre des infos. Elle explique ainsi avoir « éclairé » des acteurs de terrain sur l’un ou l’autre aspect : pour être subsidiés, pour se faire connaître, quant aux débats en cours… Mais pas seulement. Écrire pour
Alter Educ permet d’« apprendre des choses au terrain et de ramener du terrain à l’institutionnel ».
Avec et pour les acteurs de terrain
Une difficulté pour Pascale celle d’avoir dû s’acharner à contacter des cabinets ministériels, afin de relayer les points de vue en présence et de traduire le souci d’impartialité de l'Agence au cœur de chaque article. Surtout quand il s’agissait de s’entendre dire poliment que le sujet était intéressant mais… « rien à signaler ». Un passage obligé et « lourd à assumer », heureusement « compensé par des rencontres de terrain, d’initiatives locales passionnantes, où les gens parlent avec leurs tripes, des projets sans doute trop confidentiels pour des journaux comme
Le Soir ou pour les grands quotidiens, mais néanmoins intéressants et qui peuvent être inspirants pour d’autres. »
Etre un lien entre les pouvoirs publics et les acteurs de terrain, être à l’interface, c’est aussi une des spécificités que souligne Damien. Il a ressenti dans le chef des professionnels des différents secteurs, un besoin d’information claire ; les percevant parfois face à un flou kafkaïen, face à des mesures transitoires qui grèvent la construction de leur identité professionnelle ou de service, avec beaucoup d’attente vis-à-vis de la Communauté française et très méfiants à son égard.
Alter joue un rôle de « cartographe » bien utile dans ce contexte, estime-t-il. « Cette cartographie en live » permet de mieux cerner les enjeux, remet les pendules à l’heure.
Se limiter parfois
Au journaliste d’ouvrir les yeux et les oreilles en permanence, d’être à l’affût, d’approfondir ses connaissances comme en témoigne Nathalie Nottet. Collaboratrice pour
Alter Educ, elle travaille également dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Elle a ainsi découvert que se présenter comme journaliste ouvre l’accès à l’information, plus facilement parfois qu’en tant qu’acteurs de terrain. Les politiques se disent sans doute qu’ils ont tout de même intérêt à s’exprimer. Par contre, pour elle, l’exercice peut être douloureux. Pas facile de « faire fi de ses convictions pour arriver à une objectivité maximale ; d’intégrer certains avis qui font violence, de se glisser dans le formatage attendu, d’oublier son jargon… »
Traduire aussi
David D’Hondt est le journaliste qui tient la rubrique « Vu de Flandre ». Il est également enseignant de sciences humaines et de religion dans l’enseignement professionnel à Molenbeek, section « travaux de bureaux ». « Quand
Alter Educ a décidé de lancer cette rubrique, explique David, il y avait un vide dans le traitement de l’info venue de Flandre. Aux conférences de presse, j’étais souvent le seul journaliste francophone présent. Pour l’instant c’est revenu à la mode dans la presse quotidienne d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté de la frontière linguistique, mais cela reste ponctuel ou très marginal. Tandis qu’
Alter Educ a proposé un traitement continu de l’actu relative aux secteurs éducation et jeunesse en Flandre. »
Dans la presse flamande, l’actualité « éducation et jeunesse » francophone n’est également abordée que ponctuellement : « via quelques coups médiatiques, des échanges de journalistes ou alors de tout petits articles voire des clichés et même des erreurs.
Réaliser un « Vu de Flandre » présente des difficultés particulières à cause de la traduction de certaines notions, mais aussi l’emploi de certains termes. Les différences d’approche ne sont pas non plus toujours simples à gérer. Quelle place donner aux propositions du Vlaams Belang; alors que la presse francophone a pris le parti de ne pas relayer les points de vue d'extrême droite, contrairement à la presse francophone ? Quel usage faire des termes « allochtones », « autochtones », traduction du flamand mais aussi véhicules de connotations particulières.
La traduction des terminologies et la mise en relation de réalités propres mais proches est un exercice particulier auquel se sont attelées également les correspondantes québécoises de l’Agence Alter, Isabelle Lantagne et Sophie Gélinas. Et les tranches de rires ont été au rendez-vous face aux énigmes de traduction. Un exemple ? « Avant que le presto ne saute ». (Un presto est une marmite à pression). Pour ces deux correspondantes outre-Atlantique, leur participation à
Alter Éduc, c'est plus que la rédaction d'articles. « C’est un échange qui a alimenté la réflexion des Belges et Québécois afin d'enrichir les façons de faire de chacun. C’est un exercice qui permet de voir comment deux sociétés appliquent des solutions semblables ou différentes à des problèmes ou besoins communs ; qui permet de faire émerger des solutions novatrices. »
… On aurait encore pu dire beaucoup et entendre d’autres témoignages, ceux de tous ceux et celles qui ont contribué à « boucler »
Alter Educ tous les 15 jours, mais, c’est là la loi du genre, tout article a une fin.
Nos mercis vont aux correspondants : Agnès d’Arripe, Astrid Maréchal, Chantal Godard, Cécile Histas, Damien Staquet, David D’Hondt, Eric Cornille, Fabrizio Schiavetto, Gaëtane Mangez, Jean Lemaître, Isabelle Lantagne, Manu De Loeul, Nathalie Louis, Nathalie Nottet, Nathalie Vandystadt, Olivier Bonny, Pascale Meunier, Patrick Delmée, Pierre Van Rie, Sandra Evrard, Sophie Gélinas, Solenn Paulic, Virginie Vanholme…