Le Conseil d'arrondissement de l'aide à la jeunesse (CAAJ) du Brabant wallon a mis au point un outil préventif, sous la forme du théâtre d'intervention, sur la thématique de la violence de jeunes entre pairs. Il se base sur un état des lieux réalisé avec les travailleurs sociaux et est disponible pour tout public. Alter Educ a assisté à une représentation et rencontré la responsable du projet, Brunhilde Calewaert, de l'aile de prévention générale du Service d'aide à la jeunesse (SAJ)1 de Nivelles.
En Brabant wallon, le CAAJ produit actuellement la pièce
KC écrite par la Compagnie Maritime, pour 16 représentations gratuites. Le Conseil entend toucher ainsi les lieux qui encadrent les jeunes et amener chacun à réfléchir et à parler sur la violence entre jeunes. « Nous avons prévu deux représentations gratuites pour chacune des sept AMO (service d'aide en milieu ouvert) de la province, plus une pour les jeunes en résidence et une autre pour les jeunes qui sont dans le circuit de l'aide à la jeunesse mais pas en résidentiel », explique B. Calewaert. « Les écoles peuvent travailler avec cet outil, seules sur fonds propres ou gratuitement en collaboration avec une AMO et mon service. Nous assurons également un coaching du personnel encadrant pour qu'il puisse animer un débat après la représentation et développer des projets supplémentaires. Et nous mettons à sa disposition une farde pédagogique qui s'autoalimente par les paroles des jeunes lors des débats. »
Le spectacle
« Brimades, dénigrements et insultes sont le lot quotidien des cours de récréation, des locaux de maison des jeunes, des dîners en famille. La violence est au bord des lèvres et ne demande qu’à fermer les poings… Des situations banales pour démonter les engrenages qui conduisent au pire », explique Daniel Adam de la C
ie Maritime. « Nous avons écrit avec François Houart, quatre scènes: un racket quotidien, une partie de ping-pong qui tourne mal, une séance d’insultes via Internet, un professeur sans scrupule… Elles sont jouées par deux jeunes, Chloé Adam et Calo Valenti, en tout lieu. Le spectacle dure 25 minutes. »
Son origine? En 2004, le CAAJ du Brabant wallon décide de réaliser un projet sur le thème de la violence entre pairs avec l'objectif de trouver un outil d'aide et de prévention. Le moteur? Le service de prévention générale du SAJ aidé de Synergie, un organisme de formation agréé de l'aide à la jeunesse. « Nous avons rencontré les sept AMO du Brabant wallon et recherché dans la littérature des documents théoriques et pratiques sur ce thème. Ce travail a abouti à un rapport qui proposait un état des lieux et des pistes de prévention. » Le CAAJ a retenu la formule théâtre d'intervention et coaching. Il a fait appel à la Compagnie Maritime qui avait déjà travaillé sur cette formule le spectacle « Appel ou absence » à propos de la violence conjugale. Assez rapidement, la Compagnie se tourne vers les gens de terrain et écrit quatre scènes. Elles sont testées en juin 2006 au Collège St-François de Tubize et au Collège Notre Dame de Basse-Wavre, afin de permettre à tous les partenaires d'évaluer la formule.
Jusqu'au 30 juin
Tout le public de l'aide à la jeunesse est concerné et le spectacle va se jouer dans plusieurs écoles du Brabant wallon, du Hainaut et de Bruxelles. « Le budget des CAAJ a été raboté, précise B. Calewaert, mais notre projet, déjà entamé avant la réforme de la ministre, est subsidié jusqu'au 30 juin. Nous le présenterons prochainement à la vitrine des CAAJ où se déroule traditionnellement un échange d'outils. Après la dernière représentation, la farde pédagogique complète sera envoyée à l'ensemble des partenaires. Plus j'avance, plus je vois que si l'on parle de la prévention générale, on ne la considère pas comme importante. J'ai travaillé auparavant en IPPJ et je considère qu'il y a un travail énorme à faire en prévention. À travers cet outil, les jeunes peuvent donner un retour de leur ressenti et d'autres regards plus positifs peuvent s'intéresser à eux et à ce qu'ils ont à dire. »
Retranscrivons quelques interventions de jeunes, au cours du débat qui a suivi la représentation à laquelle nous avons assisté.
« Oui nous connaissons le racket. Pour en sortir, on l'a dit au prof et à la direction. On a changé d'école, mais il y a cela dans toutes les écoles. »
« Je suis tout le temps sur l'ordi. Avant on s'arrangeait pour le partager, maintenant mon frère en a un aussi. Quand on dit une insulte, on ne pense pas ce qu'on dit. Mais à un moment, une insulte déclenche quelque chose. »
« Mes parents ne me parlent pas comme ça. Je ne parlerai pas comme ça à mes enfants. »
« La violence, c'est physique, c'est aussi la vulgarité. C'est aussi le non-respect: quand un prof arrive en retard, je ne peux pas le mettre dehors. Quand un prof me rabaisse, ça m'énerve. »