Un week-end « cyberchargé » s'il en est pour les enseignants de la Communauté française : vendredi 16 mars, la ministre-Présidente, Marie Arena, annonce l'entrée en vigueur officielle du plan cyberclasse. Samedi 17, elle étrenne le premier « rendez-vous écoles et nouvelles technologies » au centre de compétences Technifutur à Liège. 500 participants, 40 ateliers, 30 stands avec de la pédagogie de terrain en technologies de l'information et de la communication (TIC). Cette rencontre a connu un beau succès qui a ravi ses responsables. Parmi eux, Alter Educ a rencontré Baudouin Branders, Françoise Chatelain, de la cellule cyberécoles1 et Fabienne Winckel du cabinet de la ministre2.
À l'initiative du cabinet de la ministre-Présidente et de la cellule cyberécoles, 500 personnes, des enseignants pour la plupart, se sont déplacées jusqu'à Liège. Ils avaient rendez-vous avec des collègues qui avaient expérimenté des projets de terrain en TIC et qui désiraient partager leurs expériences. Une telle rencontre peut être motivante, c'est assurément son objectif, et amener chacun, parmi les convaincus, à rentrer dans ses classes avec un peu plus d'enthousiasme. Une rencontre qui se veut impulsions pour innover dans sa pratique pédagogique et amener les élèves à mieux utiliser cet outil déjà omniprésent dans la vie sociale et économique.
Innover et non changer
Dès la conférence de départ de la journée, Robert Bibeau
3, chargé de mission « nouvelles technologies » au Québec, avait conscientisé son public: « Les TIC peuvent améliorer les résultats scolaires des élèves ». Pour cela, selon lui, il faut innover et non pas uniquement changer. Une nécessité: créer un déséquilibre du système qui, sinon, rejette les facteurs perturbateurs ou les intègre. « Evitez de penser que l'innovation se fera par la contagion, poursuit-il. Entourez-vous de collaborations, du soutien du politique et des directeurs d'école. Choisissez des activités proches du programme d'études, qui permettent la coopération, s'appuient sur l'expérience antérieure et présentent des moyens de concevoir des projets qui dépassent le programme. »
Le buffet TIC
Après cette mise en bouche, les participants purent fouiner dans ce gigantesque buffet, picorer parmi les nombreux stands et ateliers. « Nous avons reçu 80 propositions d'atelier, explique B. Branders. Nous en avons retenu 40 qui s'organisent en trois thèmes: toutes les disciplines, la remédiation et la pédagogie du projet. » F. Chatelain complète: « Nous avons laissé de côté la technique pour rendre les ateliers accessibles à tous les enseignants. Et la plupart des ateliers non retenus ont été transformés en stands. Autre exclusive, nous n'avons pas ouvert l'événement au commercial. Pour accueillir tout cela, il nous fallait un lieu adapté, qui avait les salles d'ordinateurs nécessaires et un personnel d'encadrement efficace. Nous avons pu compter sur le centre de compétences Technifutur. »
Pour F. Winckel du cabinet de la ministre Arena, « Le nombre de participants à cet événement atteste de l’intérêt que portent les enseignants à l’intégration des TIC dans leurs pratiques de classe. Le bilan de ce 1
er rendez-vous est très positif, de par la qualité des ateliers présentés par les enseignants et les échos émis par les participants. La sensibilisation semble avoir été atteinte et plusieurs enseignants ont la volonté de reproduire certaines activités présentées. Des échanges et des liens ont également pu se tisser entre les enseignants et des communautés d’enseignants verront peut-être le jour à l’issue de cette première rencontre. »
Et au retour?
La ministre-Présidente a fait une halte dans le courant de l'après-midi pour soutenir les participants. Elle en a profité pour rappeler les mesures du plan cyberclasse: de retour dans leurs écoles, les enseignants pourront bientôt avoir du nouveau matériel. La Région wallonne et la Communauté française collaborent pour installer, dans les trois ans, un ordinateur pour quinze élèves dans chacune des implantations scolaires (voir encadré).
F. Chatelain, qu'on sent très heureuse du travail réalisé, constate: « Du matériel, des profs convaincus, c'est bien. Mais aujourd'hui, a-t-on pu toucher d'autres personnes que les convaincus ? Et comment y amener les non-convaincus ? Pour y arriver, il est nécessaire d'augmenter la formation initiale. Et de convaincre les inspecteurs et les chefs d'établissement qui décident des moyens en heures et l'accès au matériel. »
Avant de partir, la ministre Arena annonce aussi une série de formations pour réaliser l'accompagnement pédagogique du plan cyberclasse. Sera-ce suffisant ? Une personne-ressource d'un parc informatique au sein d'une école déclare: « J'aurais aimé lui poser des questions, sur la possibilité d'avoir des heures hors NTPP (ndlr: le nombre d'équivalents temps plein octroyé à chaque école) pour les personnes-ressources. »
Pour B. Branders, « L'accompagnement ? On ne sent pas aujourd'hui assez la volonté politique de le mettre en place. Un exemple : la cellule cyberécoles dispose d'une base de données pédagogiques en TIC, 'Respel'. Elle est actuellement en
stand by parce que sa responsable s'est vue confier une autre mission. Pourquoi ne pas inscrire les TIC dans le Contrat pour l'école ? Pourquoi ne pas créer une cellule autonome comme l'Institut de formation en cours de carrière (IFC) qui reçoit des subsides et un cahier des charges pour mener à bien une politique bien planifiée sur plusieurs années ? Pourquoi si on consacre 85.000.000 euros pour le matériel ne pas en consacrer l'équivalent pour les ressources humaines ? Il a fallu six ans pour convaincre les cabinets de l'utilité d'une rencontre comme ce rendez-vous qui se tient depuis 25 ans tous les ans au Québec. Aujourd'hui, nous n'avons aucune certitude quant à une deuxième édition. Ainsi, je suis très satisfait et … très fatigué. »
Une deuxième édition?
Du côté de la ministre Arena, on répond: « Un plan d’accompagnement pédagogique est prévu pour assurer la meilleure intégration des TIC possible dans les pratiques d’enseignement. Un budget important y est également alloué : tout le dispositif de formation mis en place est gratuit pour les enseignants et pris en charge par la Région wallonne et l’IFC, 500.000 euros sont consacrés à aider les écoles à acheter des outils pédagogiques et des logiciels scolaires agréés, un
helpdesk et une télémaintenance seront assurés, divers projets pédagogiques liés aux TIC sont soutenus ou développés (passeport TIC, e-twinning, le projet e-cole, des modules de remédiation dans le cadre de l’enseignement à distance, …). »
Enfin, la ministre-Présidente souhaite renouveler ce type de journée dédiée aux nouvelles technologies dans l’école… Une rencontre est prévue avec les enseignants qui ont animé un atelier pour faire un débriefing sur l’organisation de cet événement afin d’en améliorer sa deuxième édition et d’en assurer un maximum de suivi (mise en ligne des contenus, focus sur certaines pratiques…). Le deuxième rendez-vous « Ecoles et nouvelles technologies » sera donc organisé.
Le projet Cyberclasse…
Le plan cyberclasse installera dans les trois ans dans chaque implantation scolaire wallonne, tous types d'enseignement confondus, un serveur, des ordinateurs câblés et connectés (40.000 au total, un pour 15 élèves).
Selon F. Winckel, « Les écoles auront le choix entre un équipement tournant sous un système d’exploitation Windows Vista, Mac OSX ou libre. Le choix opéré par chaque école devra cependant être homogène: les écoles devront faire un choix entre les trois systèmes d’exploitation proposés afin de faciliter au maximum la gestion du parc informatique par la personne qui en a la responsabilité. Les écoles pourront également intégrer sur ce nouveau réseau les ordinateurs du premier plan d’équipement ainsi que les ordinateurs achetés sur fonds propres. Toutefois, sur la base d’un projet pédagogique de l’établissement scolaire, un choix multiple pourrait être envisagé. »
Pour accompagner ce plan, l'Institut de formation en cours de carrière (IFC) propose plusieurs formations :
• d'ici mai-juin, les
directeurs seront invités à deux journées pour leur présenter le projet et les amener à organiser une réflexion sur l'installation du nouveau parc dans leurs écoles.
•
les personnes responsables des parcs pourront également apprendre à gérer et utiliser le nouveau matériel.
• les
enseignants pourront aussi choisir des formations à l'utilisation et l'intégration pédagogique des TIC.
Ces formations se dérouleront tout au long de la réalisation de l'équipement des écoles.
Pour préparer au mieux l’arrivée de ce nouveau matériel, les écoles pourront également demander des formations subventionnées à la carte auprès des centres de compétences.
La brochure « Cyberclasse » présente le projet de façon globale.
Des renseignements plus spécifiques peuvent être obtenus sur le site
www.cyberclasse.be